Introduction Le 2 avril 2026, Emmanuel Macron s’est rendu en Corée du Sud pour célébrer 140 ans de relations diplomatiques. Derrière cet anniversaire, une histoire dense se dessine, entre tensions initiales et rapprochements progressifs. Et pourtant, au cœur de cette visite officielle, un détail inattendu attire l’attention : quelques mots en coréen… et surtout, une écriture manuscrite. Une rencontre difficile : Expédition française en Corée Au départ, la rencontre entre la France et la Corée ne relève pas du dialogue. En 1866, la Corée du royaume de Joseon reste fermée aux influences étrangères. Cependant, des missionnaires catholiques français y sont présents clandestinement. Leur influence inquiète les autorités locales, soucieuses de préserver l’ordre social. Ainsi, plusieurs missionnaires sont arrêtés puis exécutés. Pour la France, cet acte appelle une réponse. Une expédition militaire est envoyée vers la péninsule coréenne. Les troupes françaises attaquent l’île de Ganghwa (강화도), stratégique pour accéder à la capitale. L’opération reste limitée et ne débouche pas sur une occupation durable. Cependant, cet épisode, appelé 병인양요(Byung-in-yang-yo), marque profondément les deux pays. Du côté coréen, il renforce la méfiance envers l’Occident. Du côté français, il constitue un premier contact direct, bien que conflictuel. Cette rencontre se fait sans compréhension mutuelle, chaque camp agissant selon sa propre logique. La naissance d’un lien structuré Cependant, cette relation évolue rapidement vers une forme plus stable. En 1886, le traité d’amitié et de commerce entre la France et la Corée est signé. Ce texte marque le véritable début des relations diplomatiques officielles. Ainsi, en 1887, Victor Collin de Plancy devient le premier représentant diplomatique français en Corée. Il arrive avec une équipe très réduite. Le personnel se compose uniquement de lui-même et d’un interprète. Cet interprète, Maurice Courant, jouera un rôle majeur. Il est aujourd’hui considéré comme le père des études coréennes en France. Par ailleurs, les échanges commencent à se développer. En 1890, un premier Coréen arrive en France. Ensuite, en 1896, une légation française est établie à Jeong-dong, à Séoul. Ces étapes montrent une volonté progressive de compréhension et de coopération. Entre circulation et restitution : objets, savoirs et mémoire Cependant, cette relation ne se limite pas à la diplomatie. Elle passe aussi par des objets, des textes et des transferts culturels. Le cas du 직지심체요절 (Jikji) est emblématique. Ce texte bouddhique, imprimé en 1377, est le plus ancien livre imprimé avec des caractères métalliques mobiles. Il est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France. Il est arrivé en France à la fin du XIXe siècle, notamment via les collectes de diplomates comme Victor Collin de Plancy. Par ailleurs, les 외규장각 의궤 (Uigwe) racontent une autre histoire. Ces manuscrits royaux ont été emportés par les troupes françaises lors de l’expédition de 1866. Pendant plus d’un siècle, ces ouvrages restent en France. Lors de sa visite en Corée en 1993, le président François Mitterrand restitue un premier volume sur les 297. Puis, en 2011, la France organise le retour des manuscrits en Corée, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, sous forme de prêt renouvelable à long terme. Ainsi, les échanges entre les deux pays ne sont pas uniquement intellectuels. Ils impliquent aussi des questions de mémoire, de patrimoine et de responsabilité. Les présidents français en Corée : des visites rares mais significatives Ainsi, malgré ces liens anciens, les visites présidentielles françaises en Corée restent rares. En 1993, un président français effectue une première visite officielle en Corée du Sud : François Mitterrand. Ensuite, Jacques Chirac en 2000, François Hollande en 2015, s’y rendent à leur tour. Emmanuel Macron devient ainsi le quatrième président français à visiter la Corée. Macron parle coréen Dans ce contexte, un détail attire l’attention lors de la visite de 2026. Emmanuel Macron commence son discours en coréen : 1/ « 안녕하십니까, 여러분 ? » Cette phrase signifie simplement « Bonjour à tous ! ». Pourtant, le choix de la forme est révélateur. La plupart des apprenants connaissent « 안녕하세요 ? », forme honorifique standard. Ici, « 안녕하십니까 ? » appartient à un registre plus élevé. Il combine l’infixe honorifique -시- et la terminaison formelle interrogative -ㅂ니까. Il s’agit du niveau de politesse le plus élevé, utilisé dans les contextes officiels. On l’entend notamment dans les annonces à bord des compagnies coréennes comme Asiana Airlines ou Korean Air. 2/ « 대통령님, 따뜻한 환대에 감사드립니다. » Ensuite, il surprend le président coréen, LEE Jae-myung, et son épouse en formulant un remerciement élaboré en coréen : « Monsieur le Président, merci pour votre accueil chaleureux. » Le mot 대통령 désigne le président d’un pays. Le suffixe -님 marque un haut niveau de respect. On le retrouve dans des mots comme 선생님 (professeur) ou 사장님 (directeur). La forme 감사드립니다 est également significative. Elle est plus formelle et plus soutenue que le simple 감사합니다. On utilise 감사드립니다 pour « merci pour… », tandis que 감사합니다 peut être utilisé pour « merci » tout court ou « merci pour… ». 3/ « 감사합니다 » et « 위하여 ! » Enfin, il conclut avec deux expressions coutes : « 감사합니다 » et « 위하여 ! » La première signifie « merci » en registre formel. La seconde, 위하여, signifie littéralement « pour ». Elle est utilisée dans les toasts, avec le sens de « santé ! ». On entend aussi souvent 건배, d’origine sino-coréenne. Pour écouter son coréen, cliquez ici. À première vue, cela peut sembler attendu. Il est courant qu’un dirigeant apprenne quelques phrases dans la langue du pays visité. Jusqu’ici, je pensais donc à une simple lecture phonétique, basée sur l’alphabet latin. Cette hypothèse est fréquente dans ce type de situation. Pourtant, un élément vient contredire cette première impression. Emmanuel Macron écrit le Hangeul Dans le livre d’or de la Maison Bleue (청와대), Emmanuel Macron écrit correctement « 감사합니다 » à la main. À en juger par sa graphie, il a même respecté l’ordre des traits, au lieu de simplement dessiner les caractères, comme le font de nombreux apprenants francophones qui dessinent le Hangeul en style imprimé. Ce détail authentique modifie complètement l’interprétation de la scène. Il ne s’agit plus seulement de reproduire des sons, mais bien de maîtriser un système d’écriture. Son geste a fait couler beaucoup d’encre dans les médias coréens. (Voir ci-dessous des extraits de l’actualité de KTV et de SBS) En parallèle, pendant son séjour en Corée, il publie aussi du coréen sur son Instagram : « 정말 감사합니다 » (merci vraiment), « 친구들 » (amis), « 손가락 하트 » (le cœur de doigts 🫰). Il combine donc trois éléments : lecture, écriture manuscrite et usage public. À ce jour, aucun président français en visite en Corée n’avait montré ces trois aspects simultanément. Un geste touchant Je dois l’admettre : j’ai été touchée. Non pas par la performance en elle-même, mais par l’effort. Maîtriser l’écriture coréenne demande de comprendre une logique différente, un geste particulier. Ce n’est pas intuitif pour un locuteur habitué à l’alphabet latin. Ainsi, la surprise ne vient pas du niveau linguistique. Elle vient du fait d’avoir franchi une étape que beaucoup ne franchissent pas : lire et écrire réellement l’alphabet coréen, Hangeul. Par ailleurs, pour ceux qui veulent lire et écrire le hangeul facilement en 10 ou 15 jours, sans passer par l’alphabet latin, j’ai créé le Petit Cahier d’écriture coréenne. Conclusion La France et la Corée entretiennent des relations diplomatiques depuis 140 ans. Cet anniversaire met en lumière une évolution marquée, entre histoire complexe et rapprochement progressif. Dans ce contexte, le geste du président français prend une résonance particulière. J’ai été touchée par ses efforts pour parler coréen et par sa maîtrise authentique du hangeul. Plus qu’une formule apprise, il a montré une capacité réelle à lire et écrire. Cette attention a créé un effet immédiat auprès des Coréens. Le hangeul n’est pas un système réservé à une élite. Il peut être appris rapidement, à condition de changer d’approche. Le vrai déclic est là : abandonner l’alphabet latin… et entrer directement dans le hangeul. C’est à ce moment-là que tout devient plus naturel. Et que vous pouvez, vous aussi, surprendre un Coréen — n’importe où. Vous avez déjà surpris un Coréen ? Partagez votre anecdote en commentaire. Continuez à lire mes autres articles similaires : Jikji, le livre coréen plus ancien que la Bible de Gutenberg – Apprendre le coréen Hangeul, l’histoire de sa création que tu ne connais certainement pas – Apprendre le coréen Hangeul & Coréen : 8 questions pour tout comprendre – Apprendre le coréen L’erreur fatale pour apprendre le Hangeul : la romanisation – Apprendre le coréen Apprendre le coréen comme on apprend à chanter – Apprendre le coréen