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Apprendre le coréen

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Pourquoi la Corée célèbre la Journée des enfants : histoire et vocabulaire coréen expliqué

Le 5 mai, la Corée du Sud célèbre la Journée des enfants : 어린이날. Je me souviens très bien de cette période, quand j’étais enfant à Séoul. Ce jour-là, j’étais toujours heureuse, car l’école fermait ! Comme il s’agissait d’un jour férié — et il l’est toujours — mes parents emmenaient mon grand frère et moi au zoo ou dans un parc d’attractions. Ensuite, nous mangions des choses délicieuses : de la glace, de la barbe à papa… Tout avait un goût particulier ce jour-là. À la fin de la journée, mon père se montrait souvent fatigué, car il travaillait dès le lendemain. Pourtant, moi, j’attendais ce moment avec impatience. C’était notre journée, une vraie fête : la Journée des enfants. Dans cet article, nous allons découvrir qui a créé cette journée, à quelle époque et dans quel contexte. Puis, nous comprendrons qui a inventé le mot 어린이 et pourquoi. Enfin, nous verrons comment les Coréens célèbrent cette fête aujourd’hui et ce qu’elle révèle de leur culture.   Une fête joyeuse, mais chargée de sens À première vue, cette journée semble simplement joyeuse. Pourtant, elle repose sur une histoire bien plus profonde. En effet, Bang Jeong-hwan (방정환) crée la Journée des enfants en 1923 avec une intention précise. Mais qui est-il exactement ? Né en 1899 à Séoul, Bang Jeong-hwan est écrivain, éditeur et militant. Très tôt, il décide d’améliorer la condition des enfants. À cette époque, la Corée subit la domination japonaise et la société connaît de fortes inégalités. Par conséquent, les adultes considèrent souvent les enfants comme des êtres immatures, sans véritable statut. Avant même 1923, il agit concrètement. D’une part, il se consacre à la littérature jeunesse : il écrit, adapte et publie des histoires destinées aux enfants. D’autre part, il participe activement à la diffusion de revues pour la jeunesse. Son objectif reste clair : proposer des contenus adaptés à leur sensibilité tout en stimulant leur imagination. Cependant, son engagement ne s’arrête pas là. Il organise aussi des lectures publiques et des activités culturelles. En parallèle, il sensibilise les adultes à la place des enfants dans la société. Il contribue également à la création du mouvement 색동회, qui défend les droits des enfants et promeut leur bien-être. Progressivement, une idée s’impose à lui : pour transformer la société, il faut d’abord changer le regard porté sur les enfants.   Pourquoi cette journée a été créée Dans ce contexte, la Journée des enfants répond à un problème bien réel. À l’époque, la société n’accorde pas aux enfants un véritable statut. On les voit comme des êtres inachevés. Leur parole compte peu et leur place reste secondaire. De plus, cette vision apparaît clairement dans le langage quotidien. Certains mots utilisés pour désigner les enfants peuvent sembler familiers, voire dévalorisants. Face à cette réalité, Bang Jeong-hwan décide d’agir. Il ne veut pas simplement instaurer une journée festive. Au contraire, il cherche à transformer la manière dont les adultes perçoivent les enfants. Selon lui, il faut reconnaître leur dignité. Les enfants ne sont pas seulement des adultes en devenir : ils sont déjà des personnes à part entière. Ainsi, la Journée des enfants devient un outil de changement. Elle sensibilise la société, encourage les adultes à accorder plus d’attention aux enfants et promeut des pratiques éducatives plus respectueuses. En somme, tout commence par le regard — et ce regard passe largement par les mots.   Avant “어린이” : comment appelait-on les enfants ? À cette époque, plusieurs termes existent déjà en coréen pour désigner les enfants. Le plus courant est 아이. On utilise également 애, plus familier, ainsi que 아기, qui désigne un bébé. Par ailleurs, le mot 새끼, initialement employé pour les petits des animaux, peut aussi s’appliquer aux enfants. Cependant, son sens varie fortement selon le contexte : il peut être affectueux ou, au contraire, très péjoratif. Aujourd’hui encore, ces mots restent courants dans la langue quotidienne. Par exemple, 우리 아이 signifie « mes enfants » et s’utilise très naturellement. En revanche, des termes comme 애 ou 새끼 peuvent évoquer un ton plus brut, parfois proche de « gamin » ou d’expressions plus dures en français. Cependant, ces mots présentent une limite importante. Ils restent neutres ou familiers et, dans certains cas, peuvent paraître condescendants. Ils ne transmettent pas une idée de respect ou de reconnaissance. En effet, la société perçoit souvent l’enfant comme un être incomplet, destiné à devenir adulte. Cette réalité reflète une vision plus large. Les enfants occupent une place secondaire : ils appartiennent à la famille, mais on les considère rarement comme des individus à part entière. Ainsi, le choix des mots révèle une hiérarchie implicite. C’est précisément cette vision que Bang Jeong-hwan décide de remettre en question.   La création du mot “어린이” Pour provoquer ce changement, Bang Jeong-hwan introduit un nouveau terme : 어린이. Ce choix linguistique ne doit rien au hasard. Le mot se compose de 어린 (« jeune ») et du suffixe -이. Ce suffixe mérite une attention particulière. En coréen, il n’est pas utilisé de manière systématique pour dire « personne ». Au contraire, il apparaît dans certains mots spécifiques et désigne souvent un individu caractérisé par une qualité. Par exemple, 늙은이 désigne une personne âgée, tandis que 젊은이 renvoie à un jeune adulte. On trouve aussi 쌍둥이 (jumeaux) ou 막둥이 (le plus jeune enfant d’une famille). Dans tous ces cas, le suffixe -이 apporte une dimension humaine ou affective. Dans 어린이, il joue le même rôle. Il permet de considérer l’enfant comme un individu à part entière. Ainsi, on ne parle plus seulement d’un état ou d’une catégorie, mais bien d’une personne identifiable. Grâce à ce terme, le regard change. Le mot 어린이 signifie littéralement « jeune personne ». Il introduit donc une idée de respect et de reconnaissance. Autrement dit, nommer devient un acte social : en changeant le vocabulaire, Bang Jeong-hwan transforme la manière de penser.   L’évolution de la date et du jour férié Au fil du temps, la date de cette journée évolue. Initialement, en 1923, on célèbre la Journée des enfants le 1er mai. Ce choix s’inscrit dans une dynamique sociale plus large. Cependant, il pose rapidement problème, car il coïncide avec la fête du Travail. Pour éviter cette confusion, les organisateurs modifient la date. Dans les années suivantes, la fête se tient à différentes périodes, notamment le premier dimanche de mai, afin de faciliter la participation des familles. Après la libération de la Corée en 1945, la situation se stabilise progressivement. Peu à peu, le 5 mai s’impose comme date officielle. Par ailleurs, cette journée ne devient pas immédiatement un jour férié. D’abord reconnue socialement, elle obtient une reconnaissance légale en 1961, lorsqu’on l’intègre à une loi sur le bien-être des enfants. Finalement, en 1975, le gouvernement officialise le 5 mai comme jour férié. Depuis, tout le pays célèbre cette journée chaque année.   Comment les Coréens célèbrent-ils cette journée aujourd’hui ? Aujourd’hui, les familles attendent cette journée avec impatience. Les parents consacrent du temps à leurs enfants et organisent souvent des sorties. Par conséquent, les parcs, les zoos et les parcs d’attractions attirent énormément de monde. L’ambiance devient festive. En parallèle, les enfants reçoivent fréquemment des cadeaux et participent à des spectacles ou à des activités culturelles. Dans les grandes villes, les institutions jouent aussi un rôle important. Les musées proposent des programmes spéciaux, tandis que certaines structures publiques ouvrent gratuitement. De plus, de nombreux ateliers éducatifs sont organisés. Ainsi, la journée combine divertissement et apprentissage. Cependant, au-delà de ces activités, le message reste essentiel. Cette fête rappelle l’importance d’accorder du temps aux enfants et de reconnaître leur place dans la société. Pour beaucoup de Coréens, il ne s’agit pas seulement d’une célébration, mais aussi d’un moment de réflexion sur l’éducation et le rôle des parents. D’une certaine manière, cette réalité fait écho à mes souvenirs d’enfance. Bien sûr, les sorties, les rires et les douceurs restent marquants. Néanmoins, avec le recul, leur signification devient plus claire : ces moments exprimaient aussi de l’attention et du respect.   Conclusion : une fête, un mot, une vision En définitive, la Journée des enfants en Corée dépasse largement le cadre d’un simple jour férié. Derrière les activités et les cadeaux, elle porte une intention forte : changer le regard sur les enfants. Elle s’inscrit dans un contexte historique précis et reflète une évolution profonde de la société coréenne. De plus, le mot 어린이 illustre parfaitement cette transformation. Il ne s’agit pas seulement d’un nouveau terme, mais d’une véritable vision. Il reconnaît l’enfant comme une personne à part entière. Ainsi, le langage devient un outil de changement social. Apprendre une langue ne consiste donc pas uniquement à mémoriser du vocabulaire. Cela implique aussi de comprendre une culture, ses valeurs et sa manière de voir le monde. Derrière chaque mot, il existe une histoire. Derrière chaque expression, une vision.    

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Macron parle coréen et écrit le hangeul : un détail qui a surpris la Corée

Introduction Le 2 avril 2026, Emmanuel Macron s’est rendu en Corée du Sud pour célébrer 140 ans de relations diplomatiques. Derrière cet anniversaire, une histoire dense se dessine, entre tensions initiales et rapprochements progressifs. Et pourtant, au cœur de cette visite officielle, un détail inattendu attire l’attention : quelques mots en coréen… et surtout, une écriture manuscrite.   Une rencontre difficile : Expédition française en Corée  Au départ, la rencontre entre la France et la Corée ne relève pas du dialogue. En 1866, la Corée du royaume de Joseon reste fermée aux influences étrangères. Cependant, des missionnaires catholiques français y sont présents clandestinement. Leur influence inquiète les autorités locales, soucieuses de préserver l’ordre social. Ainsi, plusieurs missionnaires sont arrêtés puis exécutés. Pour la France, cet acte appelle une réponse. Une expédition militaire est envoyée vers la péninsule coréenne. Les troupes françaises attaquent l’île de Ganghwa (강화도), stratégique pour accéder à la capitale. L’opération reste limitée et ne débouche pas sur une occupation durable. Cependant, cet épisode, appelé 병인양요(Byung-in-yang-yo), marque profondément les deux pays. Du côté coréen, il renforce la méfiance envers l’Occident. Du côté français, il constitue un premier contact direct, bien que conflictuel. Cette rencontre se fait sans compréhension mutuelle, chaque camp agissant selon sa propre logique.   La naissance d’un lien structuré Cependant, cette relation évolue rapidement vers une forme plus stable. En 1886, le traité d’amitié et de commerce entre la France et la Corée est signé. Ce texte marque le véritable début des relations diplomatiques officielles. Ainsi, en 1887, Victor Collin de Plancy devient le premier représentant diplomatique français en Corée. Il arrive avec une équipe très réduite. Le personnel se compose uniquement de lui-même et d’un interprète. Cet interprète, Maurice Courant, jouera un rôle majeur. Il est aujourd’hui considéré comme le père des études coréennes en France. Par ailleurs, les échanges commencent à se développer. En 1890, un premier Coréen arrive en France. Ensuite, en 1896, une légation française est établie à Jeong-dong, à Séoul. Ces étapes montrent une volonté progressive de compréhension et de coopération.   Entre circulation et restitution : objets, savoirs et mémoire Cependant, cette relation ne se limite pas à la diplomatie. Elle passe aussi par des objets, des textes et des transferts culturels. Le cas du 직지심체요절 (Jikji) est emblématique. Ce texte bouddhique, imprimé en 1377, est le plus ancien livre imprimé avec des caractères métalliques mobiles. Il est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France. Il est arrivé en France à la fin du XIXe siècle, notamment via les collectes de diplomates comme Victor Collin de Plancy. Par ailleurs, les 외규장각 의궤 (Uigwe) racontent une autre histoire. Ces manuscrits royaux ont été emportés par les troupes françaises lors de l’expédition de 1866. Pendant plus d’un siècle, ces ouvrages restent en France. Lors de sa visite en Corée en 1993, le président François Mitterrand restitue un premier volume sur les 297. Puis, en 2011, la France organise le retour des manuscrits en Corée, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, sous forme de prêt renouvelable à long terme. Ainsi, les échanges entre les deux pays ne sont pas uniquement intellectuels. Ils impliquent aussi des questions de mémoire, de patrimoine et de responsabilité.   Les présidents français en Corée : des visites rares mais significatives Ainsi, malgré ces liens anciens, les visites présidentielles françaises en Corée restent rares. En 1993, un président français effectue une première visite officielle en Corée du Sud : François Mitterrand. Ensuite, Jacques Chirac en 2000, François Hollande en 2015, s’y rendent à leur tour. Emmanuel Macron devient ainsi le quatrième président français à visiter la Corée.        Macron parle coréen Dans ce contexte, un détail attire l’attention lors de la visite de 2026. Emmanuel Macron commence son discours en coréen : 1/ « 안녕하십니까, 여러분 ? » Cette phrase signifie simplement « Bonjour à tous ! ». Pourtant, le choix de la forme est révélateur. La plupart des apprenants connaissent « 안녕하세요 ? », forme honorifique standard. Ici, « 안녕하십니까 ? » appartient à un registre plus élevé. Il combine l’infixe honorifique -시- et la terminaison formelle interrogative -ㅂ니까. Il s’agit du niveau de politesse le plus élevé, utilisé dans les contextes officiels. On l’entend notamment dans les annonces à bord des compagnies coréennes comme Asiana Airlines ou Korean Air. 2/ « 대통령님, 따뜻한 환대에 감사드립니다. » Ensuite, il surprend le président coréen, LEE Jae-myung, et son épouse en formulant un remerciement élaboré en coréen : « Monsieur le Président, merci pour votre accueil chaleureux. » Le mot 대통령 désigne le président d’un pays. Le suffixe -님 marque un haut niveau de respect. On le retrouve dans des mots comme 선생님 (professeur) ou 사장님 (directeur). La forme 감사드립니다 est également significative. Elle est plus formelle et plus soutenue que le simple 감사합니다. On utilise 감사드립니다 pour « merci pour… », tandis que 감사합니다 peut être utilisé pour « merci » tout court ou « merci pour… ». 3/ « 감사합니다 » et « 위하여 ! » Enfin, il conclut avec deux expressions coutes : « 감사합니다 » et « 위하여 ! » La première signifie « merci » en registre formel. La seconde, 위하여, signifie littéralement « pour ». Elle est utilisée dans les toasts, avec le sens de « santé ! ». On entend aussi souvent 건배, d’origine sino-coréenne. Pour écouter son coréen, cliquez ici. À première vue, cela peut sembler attendu. Il est courant qu’un dirigeant apprenne quelques phrases dans la langue du pays visité. Jusqu’ici, je pensais donc à une simple lecture phonétique, basée sur l’alphabet latin. Cette hypothèse est fréquente dans ce type de situation. Pourtant, un élément vient contredire cette première impression.   Emmanuel Macron écrit le Hangeul Dans le livre d’or de la Maison Bleue (청와대), Emmanuel Macron écrit correctement « 감사합니다 » à la main. À en juger par sa graphie, il a même respecté l’ordre des traits, au lieu de simplement dessiner les caractères, comme le font de nombreux apprenants francophones qui dessinent le Hangeul en style imprimé. Ce détail authentique modifie complètement l’interprétation de la scène. Il ne s’agit plus seulement de reproduire des sons, mais bien de maîtriser un système d’écriture. Son geste a fait couler beaucoup d’encre dans les médias coréens. (Voir ci-dessous des extraits de l’actualité de KTV et de SBS) En parallèle, pendant son séjour en Corée, il publie aussi du coréen sur son Instagram : « 정말 감사합니다 » (merci vraiment), « 친구들 » (amis), « 손가락 하트 » (le cœur de doigts 🫰). Il combine donc trois éléments : lecture, écriture manuscrite et usage public. À ce jour, aucun président français en visite en Corée n’avait montré ces trois aspects simultanément.   Un geste touchant Je dois l’admettre : j’ai été touchée. Non pas par la performance en elle-même, mais par l’effort. Maîtriser l’écriture coréenne demande de comprendre une logique différente, un geste particulier. Ce n’est pas intuitif pour un locuteur habitué à l’alphabet latin. Ainsi, la surprise ne vient pas du niveau linguistique. Elle vient du fait d’avoir franchi une étape que beaucoup ne franchissent pas : lire et écrire réellement l’alphabet coréen, Hangeul. Par ailleurs, pour ceux qui veulent lire et écrire le hangeul facilement en 10 ou 15 jours, sans passer par l’alphabet latin, j’ai créé le Petit Cahier d’écriture coréenne.    Conclusion La France et la Corée entretiennent des relations diplomatiques depuis 140 ans. Cet anniversaire met en lumière une évolution marquée, entre histoire complexe et rapprochement progressif. Dans ce contexte, le geste du président français prend une résonance particulière. J’ai été touchée par ses efforts pour parler coréen et par sa maîtrise authentique du hangeul. Plus qu’une formule apprise, il a montré une capacité réelle à lire et écrire. Cette attention a créé un effet immédiat auprès des Coréens. Le hangeul n’est pas un système réservé à une élite. Il peut être appris rapidement, à condition de changer d’approche. Le vrai déclic est là : abandonner l’alphabet latin… et entrer directement dans le hangeul. C’est à ce moment-là que tout devient plus naturel. Et que vous pouvez, vous aussi, surprendre un Coréen — n’importe où. Vous avez déjà surpris un Coréen ? Partagez votre anecdote en commentaire.   Continuez à lire mes autres articles similaires : Jikji, le livre coréen plus ancien que la Bible de Gutenberg – Apprendre le coréen Hangeul, l’histoire de sa création que tu ne connais certainement pas – Apprendre le coréen Hangeul & Coréen : 8 questions pour tout comprendre – Apprendre le coréen L’erreur fatale pour apprendre le Hangeul : la romanisation – Apprendre le coréen Apprendre le coréen comme on apprend à chanter – Apprendre le coréen  

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BTS à Gwanghwamun : quand la K‑pop rencontre l’histoire de la Corée

BTS donne son concert de retour le samedi 21 mars à Gwanghwamun, au cœur de Séoul. Ce n’est pas une salle fermée, mais un lieu immense et symbolique. L’événement sera retransmis dans le monde entier sur Netflix. Cette annonce a réveillé la mémoire collective. Beaucoup se sont demandé : pourquoi Gwanghwamun ? Pourquoi une place, et non un stade ? Pour moi, ces questions ont ramené d’anciens souvenirs. Quand je vivais à Séoul, j’allais souvent à Gwanghwamun. J’y venais pour assister à un spectacle au Sejong Center ou pour flâner dans la grande librairie Kyobo. Ce lieu, ouvert le 24 décembre 1980, est devenu depuis une institution culturelle. Pourtant, Gwanghwamun ne se limite pas à la culture : c’est aussi une voix politique du peuple coréen. Ainsi, dans cet article, je vous invite à redécouvrir Gwanghwamun : la signification de son nom, sa taille impressionnante, son rôle dans l’histoire du pays et sa signification actuelle, surtout au moment où la musique y revient comme un écho du passé.   Qu’est-ce que Gwanghwamun ? Revenons en arrière. Pendant 500 ans de la dynastie Joseon, fondée en 1392, cinq palais royaux furent construits à Séoul. (Voir les images ci-dessous) D’ailleurs, le nom même de Séoul (서울) vient d’un mot coréen ancien signifiant simplement « capitale ». Autrefois, la ville s’appelait Hanyang en sino-coréen. Parmi ces cinq palais, le plus important fut Gyeongbokgung, bâti en 1395. Autour de lui, quatre portes monumentales servaient de passage officiel. Celle du sud, Gwanghwamun, était la plus prestigieuse. Car les rois entraient et sortaient du palais de Gyeongbokgung par cette porte.  Ce n’était pas seulement l’accès principal du palais, mais un symbole politique. Devant la porte s’étendait l’avenue des Six Ministères, cœur administratif du royaume. C’est là que la vie politique et culturelle s’organisait. Les autres portes, plus discrètes, servaient aux usages quotidiens. Voilà pourquoi seule Gwanghwamun a traversé les siècles dans la mémoire collective : elle représentait la dignité du pouvoir royal.   Que signifie le nom ? En coréen, Mun (문) signifie porte. Le mot Gwanghwa vient du sino-coréen et désigne la “transformation par la lumière”. Ce concept s’accordait parfaitement avec la philosophie politique de Joseon. Gouverner signifiait “éclairer le peuple” : l’instruction valait mieux que la force. Nommer cette entrée principale Gwanghwamun (광화문) — “la porte de la lumière civilisatrice par le roi” — exprimait donc une vision. Placer la lumière au centre du pouvoir, voilà l’idée. Et cette notion traverse encore le temps. Aujourd’hui, face à la porte restaurée, chacun ressent ce message : la lumière de la connaissance doit toujours guider la société. Dimensions et symboles Gwanghwamun mesure environ trente-quatre mètres de large et quatorze de haut. Son architecture n’évoque pas la défense, mais la majesté et l’ouverture. Par cette porte passaient les cortèges royaux, les ambassadeurs étrangers, les cérémonies d’État. Elle incarnait la relation entre le roi et son peuple. Certes, la guerre et la colonisation ont plusieurs fois abîmé l’édifice, mais il renaît aujourd’hui comme un repère identitaire. Les visiteurs s’arrêtent devant elle, souvent sans savoir pourquoi. Peut-être parce que, silencieusement, elle impose le respect et raconte la continuité d’un peuple.   La place de Gwanghwamun Devant la porte s’étend maintenant Gwanghwamun Square, un vaste espace ouvert au cœur de Séoul. Il mesure environ 600 mètres de long et 100  mètres de large. L’avenue Sejong‑daero ou Sejongno, qui le traverse, compte seize voies. Elle est plus large que les Champs‑Élysées à Paris. Ce qui surprend, c’est que cette ampleur existait déjà à la fondation du royaume. Le premier roi Taejo avait voulu une capitale respirant la clarté. Ce plan confucéen cherchait l’harmonie entre la montagne du Bugaksan et le palais. Aujourd’hui encore, la perspective relie passé et présent. Marcher sur Sejong‑daero revient à longer la colonne vertébrale de Séoul, où patrimoine et modernité s’entrelacent sans s’exclure.   Les statues, la mémoire et la voix du peuple Au centre de la place se dressent deux statues : le roi  Sejong et l’amiral Yi Sun‑sin. Le premier incarne la sagesse et la création de l’alphabet coréen ; le second symbolise le courage militaire. Ensemble, ils relient savoir et défense, culture et action. Ces figures, silencieuses, protègent la ville.  Mais la place ne sert plus seulement aux héros figés. Dans les années 1980, les étudiants y manifestaient pour la démocratie. Plus tard, les Coréens ont brandi des milliers de bougies lors des rassemblements pacifiques qui ont mené à la destitution de la présidente Park Geun‑hye. Ainsi, l’ancien espace royal est devenu une agora citoyenne. Ce qui appartenait au roi accueille désormais la parole du peuple. Cette métamorphose résume l’histoire contemporaine du pays.     Gwanghwamun hier et aujourd’hui Gwanghwamun se situe à la jonction de deux axes majeurs : l’axe nord‑sud politique (Sejong‑daero) et l’axe est‑ouest économique (Jongno). À l’époque Joseon, les ministères les plus importants se trouvaient sur cette avenue nord-sud : Affaires administratives, Finances, Cérémonies, Armée, Justice et Travaux publics. Ces six ministères formaient le cœur de la gouvernance. Autour d’eux vivaient les familles de fonctionnaires et les lettrés. Aujourd’hui, cette configuration perdure. Le siège du gouvernement, des ministères, des ambassades et de grands médias s’y trouvent. Les travailleurs déjeunent dans les restaurants alentour, les touristes photographient les statues, et les libraires continuent d’attirer les lecteurs. L’endroit reste le centre nerveux de Séoul, à la fois institutionnel et vivant.   Pourquoi BTS a choisi Gwanghwamun Ce lieu n’a pas été choisi par hasard. BTS aurait pu remplir n’importe quel stade, mais le groupe a préféré un espace ouvert. Leur scène, dressée devant la porte de la lumière, prend une valeur symbolique. Depuis leurs débuts, ces artistes parlent de jeunesse, d’identité et de société. Se produire là, c’est entrer dans la continuité d’une histoire démocratique. Ainsi, la musique pop rencontre l’histoire nationale. Et la tradition dialogue enfin avec le présent. Le concert de Gwanghwamun ne sera pas seulement un événement musical ; il deviendra une déclaration culturelle.   Conclusion Quand j’ai appris que BTS jouerait à Gwanghwamun, une émotion m’a submergée. Ce lieu, pour moi, n’est pas un décor. Il fait partie de la mémoire coréenne. J’ai repensé aux soirées passées à Kyobo, à la lumière du palais, au vent d’hiver sur Sejong‑daero. Tout cela m’est revenu d’un coup. Le concert de BTS dépasse la musique. Il relie la jeunesse à l’histoire, le peuple à sa voix. En chantant devant la porte de la lumière, ils saluent ceux qui ont rêvé de liberté. Ce choix me touche profondément. Gwanghwamun redeviendra le point de rencontre entre le passé et le présent. Ce soir‑là, l’histoire respirera avec la musique. Les fans, les citoyens et la ville vibreront ensemble. La Corée s’offrira au monde sous une lumière nouvelle. Et moi, j’y verrai une promesse : celle d’un pays toujours vivant.   Les articles suivants vous intéresseraient peut-être… : [PODCAST] L’origine de K-pop. 01 – Trot [Lyrics, Traduction] Mikrokosmos de BTS (en français) Des messages de BTS et la dernière chanson de son World Tour 2019 Faker : la légende coréenne de League of Legends  

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Témoignage de Manon

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Qui suis-je ?

Bienvenue sur mon blog dédié à l’enseignement du coréen pour les francophones. Je suis 운례 (Ounié), une passionnée de musique classique et experte en langue coréenne. Née et élevée à Séoul, j’ai posé mes valises en France en janvier 2000. Maman de deux enfants, Maya et Yann, qui inspirent mon pseudo professionnel.