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Apprendre le coréen

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Donner en coréen : 주다, 드리다 ou 주시다, lequel choisir ?

주다, 드리다 ou 주시다 : pourquoi le verbe « donner » change en coréen Niveau : A2–B1. Cet article suppose que vous lisez le hangeul et que vous maîtrisez déjà la conjugaison en –아요/–어요. Si vous débutez tout juste, gardez-le en favori et revenez-y dans six mois ou un an. Il sera alors beaucoup plus clair. Pour maîtriser le hangeul en 10 ou 15 jours, cliquez ici.  Les francophones redoutent le subjonctif. Les apprenants du coréen, eux, redoutent les honorifiques. Ces deux systèmes n’ont évidemment rien d’équivalent. Pourtant, chacun révèle la logique profonde de sa langue. Le français organise la phrase autour du verbe : conjugaison, accords, modes. Le coréen, lui, organise la phrase autour des relations entre les personnes. D’ailleurs, ce n’est jamais le vocabulaire qui prend du temps, mais cette logique de relations. J’ai enseigné le coréen dans une école de commerce française, et nous y avons passé six mois entiers sur un seul sujet : se présenter, puis présenter son supérieur, ses collègues et ses clients. En français, ces présentations tiennent en deux phrases. En coréen, les marques de respect changent selon qui présente qui, et surtout devant qui. Mes élèves devaient donc jongler avec trois positions simultanées : la leur, celle de leur interlocuteur et celle de la personne présentée. Leurs phrases étaient souvent impeccables sur le plan grammatical, et pourtant socialement maladroites. Pour un petit exemple, prenons un exemple minuscule : le verbe donner en coréen, 주다 (juda). Testez-vous : croyez-vous vraiment connaître 주다 ? Voici un dialogue que j’ai récemment publié sous forme de Reel. Vous le retrouverez sur Instagram, TikTok, YouTube et Facebook, avec la prononciation en prime. Lisez d’abord la version écrite ci-dessous : elle sera plus facile à suivre. 🥸 : Dis-moi en coréen, au style poli : « Une amie m’a donné un cadeau. » 🤓 : 친구가 저한테 선물을 줬어요. 🥸 : Très bien ! Alors : « J’ai donné un cadeau à maman. » 🤓 : 제가 엄마한테 선물을 줬어요 ? 🥸 : Non… 드렸어요. 🤓 : D’accord… Alors : « Maman m’a donné un cadeau. » 엄마가 제게 선물을 드렸어요 ? 🥸 : Non… 주셨어요. 🤓 : 😐 Bon… Alors : « Maman a donné un cadeau à papi. » 엄마가 할아버지에게 선물을 주셨어요 ? 🥸 : Non… 드렸어요. 🤓 : 😵‍💫 D’accord… Maman me demande maintenant : « Tu as donné un cadeau à papi ? » 할아버지에게 선물을 드렸어요? 🥸 : Non… 드렸어? 🤓 : 😭 Dernière question. Maman me demande : « Papi t’a donné un cadeau ? » 할아버지가 선물을 드렸어? 🥸 : Non… 주셨어? Vous pensiez avoir compris 주다 et 드리다 ? Vous avez maintenant quelques doutes, et c’est exactement le but. En français, le verbe reste identique dans les six phrases. En coréen, la même idée se dit de six façons différentes : trois verbes, chacun au style poli et au style familier. Le verbe change pour une raison, la terminaison pour une autre. Dans le dialogue, vous n’en avez croisé que cinq. La sixième manquait : 줬어. Imaginez la première phrase adressée à un ami, ou à votre petite sœur. 친구가 나한테 선물을 줬어. Une amie m’a donné un cadeau. Notez au passage un second changement. 저한테 devient 나한테, car 저 est la forme humble de « je ». Le style familier entraîne donc bien plus que la terminaison. Le coréen ne décrit pas seulement l’action En français, nous regardons surtout ce qui se passe : quelqu’un donne quelque chose à quelqu’un d’autre, et l’affaire est close. En coréen, il faut regarder plus loin. Qui donne ? Qui reçoit ? Quelle personne mérite d’être honorée ? Et surtout : à qui suis-je en train de parler ? Chacune de ces réponses peut modifier la phrase. Choisir une terminaison polie ne suffit donc jamais, il faut aussi choisir le bon verbe. Autrement dit, le système honorifique coréen ne concerne pas uniquement votre interlocuteur. Il concerne aussi les personnes dont vous parlez, même absentes. Trois systèmes de politesse, pas un seul C’est ici que tout se débloque. Le coréen ne possède pas un système de politesse, mais trois, et ils fonctionnent simultanément sur trois axes différents. Système Qui est honoré ? Marqueur typique 주체 높임 le sujet de la phrase –시–, ~께서 객체 높임 le complément (celui qui reçoit) verbes spéciaux, ~께 상대 높임 votre interlocuteur la terminaison (~요, ~습니다) Le français, lui, ne dispose que du troisième axe : le tutoiement et le vouvoiement. Nous adaptons notre langue à la personne en face de nous, jamais à la personne dont nous parlons. Gardez donc ce tableau en tête, car tout ce qui suit n’en est que l’application. Donner = 주다 : le verbe de base, sans marque de respect 주다 est la forme neutre. Elle ne contient aucune marque honorifique particulière. Exemple) 친구가 저한테 선물을 줬어요. Une amie m’a donné un cadeau. Ici, une amie donne, et je reçois. Personne n’occupe une position qui exige une forme spéciale. Nous employons donc 주다, qui devient 줬어요 au passé poli. Retenez ce cas comme point de départ : les deux autres verbes ne sont que des variations autour de celui-ci. Donner = 드리다 : honorer la personne qui reçoit 드리다 est la forme humble de 주다. On l’utilise quand la personne qui reçoit doit être honorée. Exemple) 제가 어머니께 선물을 드렸어요. J’ai donné un cadeau à ma mère. Je donne, ma mère reçoit, et comme je souhaite l’honorer, j’emploie 드리다. La particule change en même temps : la particule de COI honorifique ~께 remplace alors ~한테 ou ~에게, car le destinataire est honoré. Cette cohérence est importante, puisque 드리다 et ~께 voyagent toujours ensemble. La direction du respect est donc : moi → une personne que je respecte Attention, enfin, au contresens classique. 드리다 ne signifie pas « donner poliment ». Ce verbe indique précisément que le destinataire occupe la position haute. 💡 Petite astuce de mémorisation : imaginez que vous soulevez l’objet à deux mains pour l’offrir vers le haut. C’est exactement l’image que porte 드리다.   Donner = 주시다 : honorer la personne qui donne Renversons maintenant la situation. Exemple) 어머니께서 제게 선물을 주셨어요. Ma mère m’a donné un cadeau. Cette fois, c’est ma mère qui accomplit l’action, et la personne à honorer est donc celle qui donne. J’utilise alors 주시다, c’est-à-dire 주다 augmenté de l’infixe  honorifique –시–. Au passé poli, cela donne 주셨어요. La direction du respect s’inverse : une personne que je respecte → moi Et voici la règle qui vous sauvera dans 90 % des cas : –시– honore toujours le sujet de la phrase. Toujours, sans exception. Par conséquent, 드리다 et 주시다 ne sont jamais interchangeables : l’un honore celui qui reçoit, l’autre honore celui qui donne.   Pourquoi « maman a donné un cadeau à papi » devient 드렸어요 Passons à un cas plus retors, celui qui piège la majorité des apprenants. Exemple) 엄마가 할아버지께 선물을 드렸어요. Maman a donné un cadeau à papi. Ma mère donne, mon grand-père reçoit. Il faut donc comparer leurs positions respectives, et non la mienne. Le destinataire est ici le plus haut placé, et nous choisissons 드리다 pour honorer le grand-père. Le choix ne dépend donc pas seulement de votre relation avec chacun, mais aussi de la relation que ces personnes entretiennent entre elles. Voilà pourquoi une traduction mot à mot échoue systématiquement : il faut d’abord lire la situation, ensuite seulement choisir le verbe. Un mot sur l’압존법 Vous croiserez peut-être ce terme dans les manuels. L’압존법 consiste à effacer les marques de respect pour une personne intermédiaire, lorsqu’on s’adresse à une personne encore plus haut placée. L’exemple classique est familial : 할아버지, 아버지가 왔습니다. Grand-père, papa est arrivé. On ne dit pas 오셨습니다, car le grand-père domine le père dans la hiérarchie. Cette règle reste vivante dans certaines familles traditionnelles. En entreprise, en revanche, elle est aujourd’hui déconseillée : l’Institut national de la langue coréenne recommande d’honorer normalement son supérieur, même devant le PDG. Retenez surtout le principe général : en coréen, le respect est relatif, jamais absolu.   Pourquoi 드렸어요 devient parfois 드렸어 Comparons maintenant ces deux questions : 할아버지께 선물을 드렸어요? Avez-vous donné un cadeau à papi ? 할아버지께 선물을 드렸어? As-tu donné un cadeau à papi ? Le verbe ne bouge pas. Dans les deux cas, le grand-père reçoit, et il reste honoré par 드리다. Seule la terminaison change : 드렸어요? appartient au style poli, 드렸어? au style familier. Or, dans notre dialogue, c’est une mère qui parle à son enfant. Elle peut donc parfaitement dire 할아버지께 선물을 드렸어? Deux systèmes tournent ainsi en parallèle, sans se gêner. Le verbe dépend des personnes impliquées dans l’action. La terminaison dépend de la personne en face de vous. La personne honorée n’est pas forcément votre interlocuteur Regardons enfin la dernière question du dialogue : 할아버지께서 선물을 주셨어? Papi t’a donné un cadeau ? Cette fois, le grand-père accomplit l’action, et nous l’honorons donc avec 주시다. La particule ~께서 honore elle aussi le sujet. Et pourtant, la phrase se termine par la forme familière –어? La mère honore son propre père, mais elle continue de tutoyer son enfant, et les deux choses coexistent dans une seule phrase de six syllabes. C’est là que le coréen s’éloigne radicalement du français. Chez nous, le respect va vers l’interlocuteur ; en coréen, il peut aller vers une personne totalement absente de la conversation.   Comment choisir le bon verbe en trois secondes Voici la méthode que je donne à mes élèves. Posez-vous les questions dans cet ordre, sans jamais les inverser. Qui donne ? Si cette personne doit être honorée → 주시다 (+ 께서). Qui reçoit ? Si cette personne doit être honorée → 드리다 (+ 께). Personne à honorer ? → 주다. À qui je parle ? → cela décide uniquement de la terminaison. Situation Verbe Formes courantes Donner, sans marque de respect 주다 줘요 (présent)/ 줬어요 (passé) / 줬어 (passé) Donner à une personne respectée 드리다 드려요 / 드렸어요 / 드렸어 Une personne respectée donne 주시다 주세요 / 주셨어요 / 주셨어 Les étapes 1 à 3 concernent l’action, l’étape 4 concerne la conversation. Ce sont deux décisions séparées, et les confondre reste l’erreur numéro un. Donner en coréen, c’est exprimer une relation 주다, 드리다 et 주시다 se traduisent tous par « donner ». Pourtant, ils ne racontent pas la même scène. Chaque forme trace une direction du respect et vous dit qui agit, qui reçoit, et qui occupe la position haute. Apprendre le coréen ne consiste donc pas seulement à mémoriser du vocabulaire, il faut aussi apprendre à observer les gens. Qui parle ? À qui ? De qui ? Qui agit ? Qui doit être honoré ? Cette logique rend la langue plus exigeante, c’est vrai, mais elle vous offre une porte d’entrée directe vers la société coréenne. Chaque phrase devient une petite carte des relations humaines. À vous de jouer ! Deux petites choses à écrire en commentaire : la première teste la règle, la seconde ancre la mémoire. 1. Traduisez cette phrase : « Mon professeur m’a donné un livre. » 주다, 드리다 ou 주시다 ? 2. Puis écrivez une phrase vraie, tirée de votre vie, avec 드리다. Un cadeau, un café, un document, peu importe. L’essentiel est que la situation soit réelle. Je lis tous les commentaires et je corrigerai les cinq premières réponses, une par une. Alors ne réfléchissez pas trop longtemps. Au-delà, les commentaires restent bien sûr ouverts : comparez vos phrases entre vous, car c’est souvent là qu’on apprend le plus. 화이팅 ! 🇰🇷   ♥️ Ces articles pourraient aussi vous intéresser : Parler au style poli en coréen : Banmal ou Jondenmal ? Comment ne pas être malpoli en coréen? Macron parle coréen et écrit le hangeul : un détail qui a surpris la Corée

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6 films de Kim Jee-woon pour apprendre le coréen

Améliorez votre coréen avec les films de KIM Jee-woon Peut-on regarder un excellent film tout en améliorant son coréen ? Avec KIM Jee-woon, la réponse est clairement oui. Il y a quelques semaines, j’ai découvert cinq de ses œuvres dans un cinéma indépendant parisien, Reflet Médicis. Pendant cette rétrospective, je ne me suis jamais ennuyée. J’ai ri devant un employé de banque devenu catcheur. Ensuite, j’ai tremblé dans une inquiétante maison familiale. Puis, j’ai suivi des gangsters, des chasseurs de primes et un réalisateur presque fou. Chaque histoire m’a emmenée dans un univers différent. Pourtant, toutes possèdent deux qualités essentielles : le spectacle et l’exigence artistique. KIM Jee-woon maîtrise parfaitement les codes du cinéma populaire. Cependant, il ne se contente jamais de les appliquer. Il transforme une comédie en fable sociale et élève un film de gangsters au rang de tragédie. Il transpose même le western américain dans la Mandchourie des années 1930. Voilà pourquoi il est considéré comme l’un des grands maîtres du cinéma de genre coréen. Toutefois, une autre raison me donne envie de vous recommander ses films. Quand mon cours de coréen surgit au cinéma Pendant les séances, je reconnaissais régulièrement des expressions enseignées dans ma formation Bonjour la Corée. Soudain, j’entendais une phrase et je pensais : « Tiens, cette expression se trouve dans le Module 2 ! » Ces petits instants m’amusent beaucoup. Je l’avoue, ils me rendent également fière. Mes élèves n’apprennent donc pas uniquement des phrases fabriquées pour un manuel. Ils étudient le coréen réellement utilisé dans la vie quotidienne. J’ai notamment entendu plusieurs fois l’expression « 그건 그렇고 » (by the way en anglais). Elle permet de changer de sujet ou de revenir à une autre question. Selon le contexte, elle signifie « ceci dit », « à part ça » ou « d’ailleurs ». Cette formule passe facilement inaperçue dans les sous-titres français. Pourtant, elle apparaît très souvent dans les conversations coréennes. Le cinéma regorge justement de ces petites découvertes. Grâce aux acteurs, nous entendons les hésitations, les sous-entendus et les changements d’intonation. Nous observons aussi les différents niveaux de politesse. Or, ces éléments sont indispensables pour comprendre véritablement le coréen. Un manuel peut vous expliquer une règle grammaticale. Une scène vous montre quand, comment et avec qui l’utiliser. Existe-t-il un meilleur support pour entraîner votre oreille ? Découvrons maintenant cinq films de KIM Jee-woon, dans l’ordre chronologique.   The Foul King — 반칙왕 (2000) Dae-ho est un employé de banque timide et maladroit. Son supérieur l’humilie régulièrement, sans qu’il parvienne à se défendre. Un jour, le jeune homme entre dans une salle de catch. Il commence alors une seconde vie sous un masque de lutteur. Ses débuts ne sont guère prometteurs. Il manque de force, de souplesse et surtout de courage. Rien ne semble donc le destiner à devenir un héros. Pourtant, cette fragilité rend son évolution particulièrement attachante. Dae-ho apprend progressivement à résister. Il ne devient pas soudainement invincible, mais cesse peu à peu de subir son existence. SONG Kang-ho, un des meilleurs acteurs, coréens, interprète ce personnage avec un talent remarquable. D’ailleurs, son nom évoque chez moi un souvenir très personnel. Lorsque je vivais à Séoul, j’ai travaillé environ un an dans une compagnie théâtrale dans le quartier Daehangno. À cette époque, SONG Kang-ho était encore inconnu du grand public. Il venait régulièrement rendre visite aux membres de notre troupe. Aujourd’hui, il est devenu l’un des acteurs les plus représentatifs du cinéma coréen. Le revoir dans The Foul King me rappelle donc ce jeune comédien encore anonyme. Son jeu physique est très drôle, mais écoutez également sa voix. Au début, l’intonation de Dae-ho révèle sa peur et son manque d’assurance. Sa manière de parler évolue ensuite avec sa personnalité. Peu à peu, elle devient plus ferme et plus assurée. Pour apprendre le coréen, cette comédie est particulièrement intéressante. Elle montre les relations très hiérarchisées d’une entreprise coréenne. Dae-ho ne s’adresse jamais pareil à son chef, ses collègues ou son entraîneur. Vous pouvez donc observer différents niveaux de politesse dans des situations concrètes. Parmi les œuvres présentées ici, celle-ci reste probablement la plus accessible pour travailler le coréen quotidien. Deux Sœurs — 장화, 홍련 (2003) Trois ans plus tard, KIM Jee-woon change totalement d’univers. Deux sœurs reviennent vivre dans une grande maison isolée. Elles y retrouvent leur père et leur belle-mère. Mais quelque chose ne va pas. Les silences deviennent inquiétants et les regards dissimulent d’anciennes blessures. Bientôt, la demeure semble elle-même conserver les traces du passé. Le titre coréen reprend les prénoms des deux jeunes filles : Janghwa et Hongryeon. L’histoire s’inspire librement d’un célèbre conte populaire. Néanmoins, le réalisateur en tire une œuvre psychologique très personnelle. Deux Sœurs a rencontré un important succès en Corée. Il a également remporté plusieurs récompenses dans des festivals internationaux. Son pouvoir ne repose pourtant pas uniquement sur le scénario. Les couleurs, les tissus, les meubles et la musique composent une beauté presque irréelle. Même le silence devient un personnage à part entière. Pour cette raison, ce long métrage n’est pas le plus facile pour pratiquer la compréhension orale. Les dialogues restent assez rares. De plus, les protagonistes expriment rarement leurs émotions de manière directe.  Néanmoins, cette retenue révèle une dimension importante de la communication coréenne. Observez la manière dont les deux sœurs échangent entre elles. Comparez-la ensuite avec le langage employé devant leur père ou leur belle-mère. Enfin, écoutez les pauses entre les répliques. En coréen, ce qui reste tu peut compter autant que les paroles prononcées. A Bittersweet Life — 달콤한 인생 (2005) Après l’horreur psychologique, KIM Jee-woon plonge dans le film noir. Sun-woo travaille pour un puissant chef de gang. Calme, élégant et discipliné, il exécute fidèlement chaque mission. Son patron lui confie alors une tâche délicate. Il doit surveiller sa jeune compagne et découvrir son éventuelle liaison. Cependant, Sun-woo prend une décision inattendue. Ce choix apparemment minime provoque bientôt sa propre chute. Le titre coréen signifie littéralement « une vie douce », Dolce Vita en italien. Or, le récit se révèle sombre, violent et profondément amer. Ce contraste résume déjà le destin du personnage. Pour incarner Sun-woo, KIM Jee-woon choisit LEE Byung-hun à contre-emploi. À cette époque, l’acteur possède surtout une image douce, élégante et raffinée. Il n’a encore joué ni personnage aussi brutal ni véritable rôle dans un film noir. Pourtant, le réalisateur pense à lui dès l’écriture du scénario. Il le considère comme l’interprète idéal de ce héros mélancolique et réservé, inspiré du film noir français. Ce choix révèle alors une facette beaucoup plus sombre de LEE Byung-hun. L’acteur exprime la colère, la fragilité et la solitude avec très peu de mots. Je l’avoue, je suis une grande admiratrice de LEE Byung-hun. Et vous, quel acteur ou quelle actrice du cinéma coréen préférez-vous ? Présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2005, A Bittersweet Life possède une mise en scène extrêmement élégante. Les lumières, les costumes et les mouvements paraissent minutieusement calculés. Même la brutalité acquiert une étrange beauté. Les dialogues méritent également notre attention. Dans cet univers, les hommes parlent peu. Leurs répliques restent généralement courtes, froides et chargées de sous-entendus. Un ordre peut ainsi sembler poli. Inversement, une phrase respectueuse peut contenir une menace très claire. La hiérarchie détermine donc chaque conversation. Sun-woo choisit soigneusement ses mots face à son patron. En revanche, il adopte un autre registre devant ses subordonnés. Il faut alors écouter au-delà de la traduction française. Qui emploie le style formel ? Qui abandonne soudainement la politesse ? Comment donne-t-on un ordre sans utiliser l’impératif ? Tous ces détails révèlent les rapports de force. Je recommande cette œuvre aux apprenants intermédiaires. Certains échanges contiennent néanmoins du vocabulaire violent ou très familier. Ne répétez donc pas tout pendant votre prochain voyage en Corée ! Le Bon, la Brute et le Cinglé — 좋은 놈, 나쁜 놈, 이상한 놈 (2008) Après le film noir, KIM Jee-woon décide de réaliser un western. Mais ses cow-boys ne parcourent pas l’Amérique. L’action se déroule dans la Mandchourie des années 1930, alors occupée par le Japon. Trois hommes recherchent une mystérieuse carte au trésor. Le Bon est chasseur de primes. La Brute travaille comme tueur à gages, tandis que le Cinglé reste un bandit imprévisible. Très vite, tout le monde poursuit tout le monde. L’armée japonaise, des bandits chinois et plusieurs gangsters coréens rejoignent cette folle course. Présentée hors compétition à Cannes en 2008, cette aventure réunit SONG Kang-ho, LEE Byung-hun et JUNG Woo-sung. Le titre original offre déjà une petite leçon de coréen : 좋은 놈 : le bon type ; 나쁜 놈 : le mauvais type ; 이상한 놈 : le type bizarre. Attention toutefois au mot 놈 ! Il désigne un homme ou un « type », avec une nuance souvent familière ou méprisante. Évitez donc de l’utiliser pour présenter votre nouveau collègue coréen. Ce western offre avant tout un immense spectacle. Les poursuites s’enchaînent à un rythme impressionnant. Quant à la musique et aux paysages, ils donnent au récit une dimension épique. Malgré cette démesure, l’humour reste constamment présent. SONG Kang-ho transforme son personnage en véritable force chaotique. Drôle et rusé, celui-ci se révèle beaucoup moins naïf qu’il ne paraît. Côté apprentissage, les dialogues risquent de dérouter un débutant. Les protagonistes parlent vite et utilisent de nombreuses insultes. Ils emploient aussi des ordres directs et un registre très familier. En revanche, leurs échanges permettent d’entendre des intonations particulièrement fortes. Ils montrent comment le langage se transforme pendant un conflit. Regardez-le d’abord pour le plaisir. Puis, revoyez quelques scènes avec les sous-titres coréens. Un film à rechercher : The Age of Shadows — 밀정 (2016) Si vous trouvez The Age of Shadows, ne le laissez pas passer. L’intrigue se déroule durant l’occupation japonaise de la Corée. Un policier coréen travaille alors pour les autorités coloniales. Sa mission consiste à infiltrer un groupe de résistants indépendantistes. Progressivement, ce travail se transforme pourtant en profond conflit intérieur. À qui doit-il rester loyal ? SONG Kang-ho interprète cet homme tiraillé, tandis que GONG Yoo incarne l’un des résistants. Le récit associe ainsi le suspense d’un thriller à une période essentielle de l’histoire coréenne. Il aide à comprendre les blessures laissées par la colonisation japonaise. Surtout, il montre les choix impossibles imposés aux Coréens. La photographie, les costumes et la musique renforcent continuellement la tension. Par ailleurs, personne ne peut s’exprimer librement dans cet univers. Une simple parole risque de révéler une appartenance ou une trahison. Le langage y reste difficile pour un apprenant. Il appartient à une autre époque et s’inscrit dans un contexte politique particulier. Malgré cela, cette œuvre enrichit considérablement notre compréhension de l’histoire moderne coréenne. Présentée hors compétition à la Mostra de Venise, elle reçut également plusieurs nominations importantes en Corée. Ça tourne à Séoul ! Cobweb — 거미집 (2023) Enfin, KIM Jee-woon revient à la comédie avec ça tourne à Séoul, Cobweb. Nous sommes dans les années 1970. Le réalisateur Kim Yeol vient de terminer son nouveau film, mais la conclusion le mécontente. Une autre fin lui apparaît alors en rêve. Selon lui, deux jours de tournage supplémentaires suffiront pour créer un chef-d’œuvre. Malheureusement, personne ne partage son enthousiasme. Les acteurs protestent et la productrice refuse. Pendant ce temps, la censure menace de bloquer le projet. Les histoires personnelles compliquent encore la situation. En quelques heures, le plateau devient incontrôlable. Cobweb alterne les séquences du tournage en couleur et le film intérieur en noir et blanc. Présenté hors compétition à Cannes, il interroge la création, l’originalité et l’obsession artistique. Cette comédie constitue une ressource particulièrement riche pour apprendre le coréen. Les protagonistes donnent des ordres, négocient, protestent et tentent continuellement de sauver les apparences. Surtout, leur position professionnelle détermine leur manière de s’exprimer. Le réalisateur dirige les acteurs, tandis que ces derniers changent de registre devant la productrice. De leur côté, les assistants restent polis malgré le chaos. Cependant, les conversations avancent rapidement. Plusieurs voix se superposent parfois, ce qui complique encore la compréhension. Je conseille donc cette œuvre aux niveaux intermédiaires ou avancés. Elle permet aussi d’entendre un coréen marqué par les années 1970. D’ailleurs, SONG Kang-ho retrouve ici KIM Jee-woon pour leur cinquième long métrage commun. Le jeune comédien qui passait autrefois dans notre théâtre occupe désormais une place centrale dans le cinéma coréen. Et cette fois, il incarne précisément un réalisateur cherchant désespérément son chef-d’œuvre. La boucle est bouclée. Alors, par quel film commencer ? Pour entendre du coréen quotidien, commencez

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Canicule en Corée : pourquoi les Coréens mangent-ils du chien ?

L’histoire fascinante de Sambok Lorsque les températures dépassent les 35 °C, que faites-vous en général ? Personnellement, lorsque j’habitais en France, j’avais surtout envie d’une salade bien fraîche, d’une glace ou d’une boisson glacée. Pourtant, en Corée, c’est exactement à cette période que les restaurants se remplissent de personnes venues déguster… une soupe bouillante. En plus, en mangeant la soupe chaude, les Coréens disent « 아! 시원~~하다! » (Ah! C’est frais!) !!! Mystérieux, les Coréens… Bref, la première fois que j’ai expliqué cette tradition à des Français, leur réaction a toujours été la même : « Vous mangez une soupe chaude en pleine canicule ?! » Et ce n’est pourtant pas la partie la plus surprenante de cette histoire. En préparant cet article, j’ai découvert quelque chose qui m’a réellement fascinée. Je connaissais évidemment les trois journées de 삼복 (Sambok) depuis mon enfance, mais je n’avais jamais cherché à comprendre comment elles étaient calculées. En réalité, nos ancêtres étaient capables d’estimer les périodes les plus chaudes de l’année grâce à leurs observations du ciel. Plus j’approfondissais mes recherches, plus je me rendais compte que cette tradition racontait bien davantage qu’une simple histoire de cuisine. Et le plus étonnant ? La France et la Corée partagent un symbole commun pour parler de la chaleur estivale : le chien. La canicule… vient d’un chien ? Saviez-vous que le mot canicule signifie à l’origine… « petit chien » ? Il vient du latin canicula, formé de canis (« chien ») et du suffixe diminutif -cula, qui signifie « petit ». Par exemple, minuscule, crépuscule, ridicule, et oui, le mot qui vient tout de suite dans votre tête. Avant même de parler de la Corée, le chien est donc déjà présent, dans la langue européenne ! Quel est le rapport entre le petit chien et la canicule ? Les Romains avaient remarqué qu’au cœur de l’été apparaissait dans le ciel Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Ils associaient son lever aux journées les plus chaudes de l’année, si bien que cette période a fini par prendre le nom de canicula. C’est ainsi qu’est né notre mot « canicule ». Je trouve déjà cette étymologie passionnante. Mais ce qui m’a encore plus surprise, c’est de découvrir qu’en Corée aussi, le chien est associé aux grandes chaleurs… d’une manière totalement différente. Que signifie réellement Sambok ? Les Coréens appellent 삼복 (Sambok) les trois périodes les plus chaudes de l’année : 초복 (Chobok) signifie le premier Bok 중복 (Jungbok), le Bok au milieu 말복 (Malbok), le dernier Bok Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces dates ne sont jamais fixe comme Noël. Elles changent chaque année. En 2026, par exemple, elles tombent les 15 juillet, 25 juillet et 14 août. Cette année est même particulière, car il s’agit d’une année de 월복 (Wolbok) : il s’écoule vingt jours entre 중복 et 말복, au lieu des dix jours habituels. Les anciens considéraient donc que la période des fortes chaleurs s’étendait plus longtemps. En découvrant cela, je me suis posé une question toute simple : comment pouvait-on calculer une telle chose il y a plusieurs siècles, sans météorologie ni satellites ? Comment les anciens Coréens savaient-ils quand commencerait la grande chaleur ? La réponse est aussi élégante qu’impressionnante. Les dates de Sambok ne sont pas calculées avec notre calendrier moderne, mais grâce au calendrier traditionnel d’Asie de l’Est. Celui-ci combine les 24 termes solaires (절기) avec le cycle des 60 jours (간지). Après le solstice d’été (하지), les anciens attendaient des journées particulières appelées jours Gyeong (庚日). Chobok correspond au troisième jour Gyeong après le solstice, Jungbok au quatrième, tandis que Malbok est le premier jour Gyeong suivant 입추 (Ipchu), le début traditionnel de l’automne. Autrement dit, nos ancêtres observaient le Soleil, les saisons et les cycles astronomiques pour déterminer les périodes les plus éprouvantes de l’année. J’avoue avoir été sincèrement impressionnée. Nous avons parfois tendance à imaginer les sociétés anciennes comme dépourvues de connaissances scientifiques. Pourtant, ce calendrier montre au contraire une remarquable capacité d’observation de la nature. Le caractère BOK (복, 伏) cache lui aussi… un chien ! Il y a un autre détail que j’adore. Dans le mot Sambok, Bok est écrit en caractère chinois ainsi : 伏. Cela est composé d’une personne (亻) et d’un chien (犬). Traditionnellement, il représente une personne couchée comme un chien, accablée par la chaleur estivale. Je trouve cette image très parlante. D’un côté, en Occident, le chien apparaît dans le ciel à travers Sirius. De l’autre, en Orient, il est gravé jusque dans l’écriture. Deux civilisations différentes… mais un même symbole pour évoquer les grandes chaleurs de l’été. Pourquoi les Coréens mangent-ils une soupe brûlante lorsqu’il fait 35 °C ? Une autre tradition intrigue souvent les étrangers. En Corée, lorsque la chaleur devient étouffante, on mange volontiers une soupe fumante. Cette coutume s’appuie sur une expression très connue : 이열치열 (以熱治熱)Combattre la chaleur par la chaleur. Selon la médecine traditionnelle, une forte transpiration entraîne une perte d’énergie. L’idée est donc de restaurer cette énergie grâce à un repas chaud et nourrissant. Le plat le plus emblématique est bien sûr le 삼계탕 (Samgyetang), une soupe de poulet farci de riz gluant, d’ail, de jujubes et, surtout, de ginseng. Mais ce n’est pas le seul plat associé à Sambok. Le Chueotang (추어탕) est également très apprécié. Cette soupe est préparée à partir de loches, de petits poissons d’eau douce longuement cuits puis réduits en purée. On y ajoute du doenjang, des légumes, de l’ail, des feuilles de périlla et différentes herbes aromatiques. Riche en protéines, en calcium et en minéraux, elle est traditionnellement considérée comme un excellent plat pour retrouver des forces pendant les fortes chaleurs. Selon la constitution de chacun, certaines personnes préfèrent d’ailleurs des aliments jugés plus « rafraîchissants », comme le canard ou les nouilles froides au soja (콩국수). De gauche à droite : (la première ligne) Samgyetang, Chueotang (soupe de loche), Jeongbokjuk (bouillie d’ormeau) (la deuxième ligne) Kongguksu (nouilles de soja), Bosintang (soupe de chien), Jang-eo-gu-ï (anguiles grillé) Et le fameux Bosintang (보신탕) ? Impossible d’aborder Sambok sans évoquer le 보신탕 (Bosintang). Pendant plusieurs siècles, certains Coréens ont effectivement consommé cette soupe préparée à base de viande de chien. Le mot Bosin (보신) signifie d’ailleurs « fortifier le corps ». Cette pratique ne date pas d’hier. Les Annales de la dynastie Joseon racontent par exemple qu’au XVIᵉ siècle, un fonctionnaire obtint une promotion après avoir offert de la viande de chien à un puissant ministre qui en raffolait. Même le célèbre penseur Jeong Yak-yong (정약용) évoque la viande de chien dans une lettre adressée à son frère. « À votre place, je mangerais un chien tous les cinq jours. » Ces anecdotes historiques ne cherchent évidemment pas à justifier cette pratique selon nos critères actuels. Elles rappellent simplement qu’elle faisait partie de la société coréenne de l’époque. Aujourd’hui, la situation est tout autre. La très grande majorité des Coréens considère le chien comme un animal de compagnie. En 2024, la Corée du Sud a adopté une loi interdisant progressivement l’élevage, l’abattage et la vente de chiens destinés à la consommation. Cette interdiction sera pleinement appliquée à partir de 2027. Une histoire qui dépasse largement la cuisine Au fond, ce qui m’a le plus marquée en préparant cet article n’est pas la question de la viande de chien. C’est de constater qu’une tradition aussi ancienne mêle l’astronomie, l’observation de la nature, la médecine traditionnelle, l’histoire et l’évolution d’une société. Et je trouve finalement assez poétique que l’Orient et l’Occident aient choisi le même symbole pour parler de la chaleur estivale. En Europe, le chien est dans les étoiles. En Corée, il apparaît dans le caractère 복 (伏), dans certaines traditions anciennes… et aujourd’hui surtout dans les livres d’histoire. Et vous, connaissiez-vous l’origine du mot « canicule » ? Aviez-vous déjà entendu parler de Sambok ? Dites-moi en commentaire ce qui vous a le plus surpris. Je serais ravie de lire vos réactions. Les articles similaires… Que mangent les Coréens à la pleine lune du Nouvel An ? 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Bienvenue sur mon blog dédié à l’enseignement du coréen pour les francophones. Je suis 운례 (Ounié), une passionnée de musique classique et experte en langue coréenne. Née et élevée à Séoul, j’ai posé mes valises en France en janvier 2000. Maman de deux enfants, Maya et Yann, qui inspirent mon pseudo professionnel.