Améliorez votre coréen avec les films de KIM Jee-woon

Peut-on regarder un excellent film tout en améliorant son coréen ? Avec KIM Jee-woon, la réponse est clairement oui.
Il y a quelques semaines, j’ai découvert cinq de ses œuvres dans un cinéma indépendant parisien, Reflet Médicis. Pendant cette rétrospective, je ne me suis jamais ennuyée. J’ai ri devant un employé de banque devenu catcheur. Ensuite, j’ai tremblé dans une inquiétante maison familiale. Puis, j’ai suivi des gangsters, des chasseurs de primes et un réalisateur presque fou. Chaque histoire m’a emmenée dans un univers différent.
Pourtant, toutes possèdent deux qualités essentielles : le spectacle et l’exigence artistique. KIM Jee-woon maîtrise parfaitement les codes du cinéma populaire. Cependant, il ne se contente jamais de les appliquer. Il transforme une comédie en fable sociale et élève un film de gangsters au rang de tragédie. Il transpose même le western américain dans la Mandchourie des années 1930. Voilà pourquoi il est considéré comme l’un des grands maîtres du cinéma de genre coréen. Toutefois, une autre raison me donne envie de vous recommander ses films.
Quand mon cours de coréen surgit au cinéma
Pendant les séances, je reconnaissais régulièrement des expressions enseignées dans ma formation Bonjour la Corée. Soudain, j’entendais une phrase et je pensais :
« Tiens, cette expression se trouve dans le Module 2 ! » Ces petits instants m’amusent beaucoup. Je l’avoue, ils me rendent également fière. Mes élèves n’apprennent donc pas uniquement des phrases fabriquées pour un manuel. Ils étudient le coréen réellement utilisé dans la vie quotidienne. J’ai notamment entendu plusieurs fois l’expression « 그건 그렇고 » (by the way en anglais).
Elle permet de changer de sujet ou de revenir à une autre question. Selon le contexte, elle signifie « ceci dit », « à part ça » ou « d’ailleurs ». Cette formule passe facilement inaperçue dans les sous-titres français. Pourtant, elle apparaît très souvent dans les conversations coréennes.
Le cinéma regorge justement de ces petites découvertes. Grâce aux acteurs, nous entendons les hésitations, les sous-entendus et les changements d’intonation. Nous observons aussi les différents niveaux de politesse.
Or, ces éléments sont indispensables pour comprendre véritablement le coréen. Un manuel peut vous expliquer une règle grammaticale. Une scène vous montre quand, comment et avec qui l’utiliser. Existe-t-il un meilleur support pour entraîner votre oreille ? Découvrons maintenant cinq films de KIM Jee-woon, dans l’ordre chronologique.
The Foul King — 반칙왕 (2000)
Dae-ho est un employé de banque timide et maladroit. Son supérieur l’humilie régulièrement, sans qu’il parvienne à se défendre. Un jour, le jeune homme entre dans une salle de catch. Il commence alors une seconde vie sous un masque de lutteur. Ses débuts ne sont guère prometteurs. Il manque de force, de souplesse et surtout de courage. Rien ne semble donc le destiner à devenir un héros.
Pourtant, cette fragilité rend son évolution particulièrement attachante. Dae-ho apprend progressivement à résister. Il ne devient pas soudainement invincible, mais cesse peu à peu de subir son existence. SONG Kang-ho, un des meilleurs acteurs, coréens, interprète ce personnage avec un talent remarquable. D’ailleurs, son nom évoque chez moi un souvenir très personnel.
Lorsque je vivais à Séoul, j’ai travaillé environ un an dans une compagnie théâtrale dans le quartier Daehangno. À cette époque, SONG Kang-ho était encore inconnu du grand public. Il venait régulièrement rendre visite aux membres de notre troupe. Aujourd’hui, il est devenu l’un des acteurs les plus représentatifs du cinéma coréen. Le revoir dans The Foul King me rappelle donc ce jeune comédien encore anonyme.
Son jeu physique est très drôle, mais écoutez également sa voix. Au début, l’intonation de Dae-ho révèle sa peur et son manque d’assurance. Sa manière de parler évolue ensuite avec sa personnalité. Peu à peu, elle devient plus ferme et plus assurée.
Pour apprendre le coréen, cette comédie est particulièrement intéressante. Elle montre les relations très hiérarchisées d’une entreprise coréenne. Dae-ho ne s’adresse jamais pareil à son chef, ses collègues ou son entraîneur. Vous pouvez donc observer différents niveaux de politesse dans des situations concrètes. Parmi les œuvres présentées ici, celle-ci reste probablement la plus accessible pour travailler le coréen quotidien.
Deux Sœurs — 장화, 홍련 (2003)
Trois ans plus tard, KIM Jee-woon change totalement d’univers. Deux sœurs reviennent vivre dans une grande maison isolée. Elles y retrouvent leur père et leur belle-mère. Mais quelque chose ne va pas. Les silences deviennent inquiétants et les regards dissimulent d’anciennes blessures. Bientôt, la demeure semble elle-même conserver les traces du passé.
Le titre coréen reprend les prénoms des deux jeunes filles : Janghwa et Hongryeon. L’histoire s’inspire librement d’un célèbre conte populaire. Néanmoins, le réalisateur en tire une œuvre psychologique très personnelle.
Deux Sœurs a rencontré un important succès en Corée. Il a également remporté plusieurs récompenses dans des festivals internationaux. Son pouvoir ne repose pourtant pas uniquement sur le scénario. Les couleurs, les tissus, les meubles et la musique composent une beauté presque irréelle. Même le silence devient un personnage à part entière. Pour cette raison, ce long métrage n’est pas le plus facile pour pratiquer la compréhension orale.
Les dialogues restent assez rares. De plus, les protagonistes expriment rarement leurs émotions de manière directe. Néanmoins, cette retenue révèle une dimension importante de la communication coréenne. Observez la manière dont les deux sœurs échangent entre elles. Comparez-la ensuite avec le langage employé devant leur père ou leur belle-mère. Enfin, écoutez les pauses entre les répliques. En coréen, ce qui reste tu peut compter autant que les paroles prononcées.
A Bittersweet Life — 달콤한 인생 (2005)
Après l’horreur psychologique, KIM Jee-woon plonge dans le film noir. Sun-woo travaille pour un puissant chef de gang. Calme, élégant et discipliné, il exécute fidèlement chaque mission. Son patron lui confie alors une tâche délicate. Il doit surveiller sa jeune compagne et découvrir son éventuelle liaison. Cependant, Sun-woo prend une décision inattendue. Ce choix apparemment minime provoque bientôt sa propre chute.
Le titre coréen signifie littéralement « une vie douce », Dolce Vita en italien. Or, le récit se révèle sombre, violent et profondément amer. Ce contraste résume déjà le destin du personnage. Pour incarner Sun-woo, KIM Jee-woon choisit LEE Byung-hun à contre-emploi. À cette époque, l’acteur possède surtout une image douce, élégante et raffinée. Il n’a encore joué ni personnage aussi brutal ni véritable rôle dans un film noir.
Pourtant, le réalisateur pense à lui dès l’écriture du scénario. Il le considère comme l’interprète idéal de ce héros mélancolique et réservé, inspiré du film noir français. Ce choix révèle alors une facette beaucoup plus sombre de LEE Byung-hun. L’acteur exprime la colère, la fragilité et la solitude avec très peu de mots. Je l’avoue, je suis une grande admiratrice de LEE Byung-hun. Et vous, quel acteur ou quelle actrice du cinéma coréen préférez-vous ?
Présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2005, A Bittersweet Life possède une mise en scène extrêmement élégante. Les lumières, les costumes et les mouvements paraissent minutieusement calculés. Même la brutalité acquiert une étrange beauté. Les dialogues méritent également notre attention. Dans cet univers, les hommes parlent peu. Leurs répliques restent généralement courtes, froides et chargées de sous-entendus. Un ordre peut ainsi sembler poli. Inversement, une phrase respectueuse peut contenir une menace très claire. La hiérarchie détermine donc chaque conversation. Sun-woo choisit soigneusement ses mots face à son patron. En revanche, il adopte un autre registre devant ses subordonnés. Il faut alors écouter au-delà de la traduction française.
Qui emploie le style formel ? Qui abandonne soudainement la politesse ? Comment donne-t-on un ordre sans utiliser l’impératif ? Tous ces détails révèlent les rapports de force. Je recommande cette œuvre aux apprenants intermédiaires. Certains échanges contiennent néanmoins du vocabulaire violent ou très familier. Ne répétez donc pas tout pendant votre prochain voyage en Corée !
Le Bon, la Brute et le Cinglé — 좋은 놈, 나쁜 놈, 이상한 놈 (2008)
Après le film noir, KIM Jee-woon décide de réaliser un western. Mais ses cow-boys ne parcourent pas l’Amérique. L’action se déroule dans la Mandchourie des années 1930, alors occupée par le Japon. Trois hommes recherchent une mystérieuse carte au trésor. Le Bon est chasseur de primes. La Brute travaille comme tueur à gages, tandis que le Cinglé reste un bandit imprévisible. Très vite, tout le monde poursuit tout le monde. L’armée japonaise, des bandits chinois et plusieurs gangsters coréens rejoignent cette folle course.
Présentée hors compétition à Cannes en 2008, cette aventure réunit SONG Kang-ho, LEE Byung-hun et JUNG Woo-sung. Le titre original offre déjà une petite leçon de coréen :
- 좋은 놈 : le bon type ;
- 나쁜 놈 : le mauvais type ;
- 이상한 놈 : le type bizarre.
Attention toutefois au mot 놈 ! Il désigne un homme ou un « type », avec une nuance souvent familière ou méprisante. Évitez donc de l’utiliser pour présenter votre nouveau collègue coréen. Ce western offre avant tout un immense spectacle. Les poursuites s’enchaînent à un rythme impressionnant. Quant à la musique et aux paysages, ils donnent au récit une dimension épique.
Malgré cette démesure, l’humour reste constamment présent. SONG Kang-ho transforme son personnage en véritable force chaotique. Drôle et rusé, celui-ci se révèle beaucoup moins naïf qu’il ne paraît. Côté apprentissage, les dialogues risquent de dérouter un débutant. Les protagonistes parlent vite et utilisent de nombreuses insultes. Ils emploient aussi des ordres directs et un registre très familier.
En revanche, leurs échanges permettent d’entendre des intonations particulièrement fortes. Ils montrent comment le langage se transforme pendant un conflit.
Regardez-le d’abord pour le plaisir. Puis, revoyez quelques scènes avec les sous-titres coréens.
Un film à rechercher : The Age of Shadows — 밀정 (2016)
Si vous trouvez The Age of Shadows, ne le laissez pas passer. L’intrigue se déroule durant l’occupation japonaise de la Corée. Un policier coréen travaille alors pour les autorités coloniales. Sa mission consiste à infiltrer un groupe de résistants indépendantistes. Progressivement, ce travail se transforme pourtant en profond conflit intérieur. À qui doit-il rester loyal ?
SONG Kang-ho interprète cet homme tiraillé, tandis que GONG Yoo incarne l’un des résistants. Le récit associe ainsi le suspense d’un thriller à une période essentielle de l’histoire coréenne. Il aide à comprendre les blessures laissées par la colonisation japonaise. Surtout, il montre les choix impossibles imposés aux Coréens. La photographie, les costumes et la musique renforcent continuellement la tension.
Par ailleurs, personne ne peut s’exprimer librement dans cet univers. Une simple parole risque de révéler une appartenance ou une trahison. Le langage y reste difficile pour un apprenant. Il appartient à une autre époque et s’inscrit dans un contexte politique particulier. Malgré cela, cette œuvre enrichit considérablement notre compréhension de l’histoire moderne coréenne.
Présentée hors compétition à la Mostra de Venise, elle reçut également plusieurs nominations importantes en Corée.
Ça tourne à Séoul ! Cobweb — 거미집 (2023)
Enfin, KIM Jee-woon revient à la comédie avec ça tourne à Séoul, Cobweb. Nous sommes dans les années 1970. Le réalisateur Kim Yeol vient de terminer son nouveau film, mais la conclusion le mécontente. Une autre fin lui apparaît alors en rêve. Selon lui, deux jours de tournage supplémentaires suffiront pour créer un chef-d’œuvre. Malheureusement, personne ne partage son enthousiasme. Les acteurs protestent et la productrice refuse. Pendant ce temps, la censure menace de bloquer le projet. Les histoires personnelles compliquent encore la situation. En quelques heures, le plateau devient incontrôlable.
Cobweb alterne les séquences du tournage en couleur et le film intérieur en noir et blanc. Présenté hors compétition à Cannes, il interroge la création, l’originalité et l’obsession artistique. Cette comédie constitue une ressource particulièrement riche pour apprendre le coréen. Les protagonistes donnent des ordres, négocient, protestent et tentent continuellement de sauver les apparences. Surtout, leur position professionnelle détermine leur manière de s’exprimer.
Le réalisateur dirige les acteurs, tandis que ces derniers changent de registre devant la productrice. De leur côté, les assistants restent polis malgré le chaos. Cependant, les conversations avancent rapidement. Plusieurs voix se superposent parfois, ce qui complique encore la compréhension. Je conseille donc cette œuvre aux niveaux intermédiaires ou avancés. Elle permet aussi d’entendre un coréen marqué par les années 1970.
D’ailleurs, SONG Kang-ho retrouve ici KIM Jee-woon pour leur cinquième long métrage commun. Le jeune comédien qui passait autrefois dans notre théâtre occupe désormais une place centrale dans le cinéma coréen. Et cette fois, il incarne précisément un réalisateur cherchant désespérément son chef-d’œuvre. La boucle est bouclée.
Alors, par quel film commencer ?
- Pour entendre du coréen quotidien, commencez par The Foul King.
- Si vous recherchez une atmosphère saisissante, choisissez Deux Sœurs.
- Les amateurs de film noir préféreront probablement A Bittersweet Life.
- Pour un grand spectacle, lancez Le Bon, la Brute et le Cinglé.
- En revanche, privilégiez The Age of Shadows pour découvrir l’histoire coréenne.
- Enfin, regardez Ça tourne à Séoul ! pour ses dialogues et son humour chaotique.
Bien sûr, n’essayez pas de comprendre chaque mot dès le premier visionnage. Commencez avec les sous-titres français. Ensuite, sélectionnez une scène courte et revoyez-la avec le texte coréen. Observez surtout qui parle à qui. Écoutez les terminaisons, les pauses et les changements d’intonation. Notez également les expressions que vous reconnaissez. Un jour, vous entendrez peut-être une phrase apprise dans Bonjour la Corée. À cet instant, la langue ne vous semblera plus seulement étudiée. Elle deviendra vivante.
Connaissiez-vous déjà KIM Jee-woon ? Lequel de ses films vous a le plus marqué ?
Et si vous ne le connaissez pas et vous ne pouviez en choisir qu’un ce soir, lequel regarderiez-vous ?
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2 commentaires
Rosetta
Bonjour Maya, j’adore les films coréens mais je les regarde en francais , a cause de mon mari qui veut aussi regarder
cependant mon actuel film est »cher hongrang » j’ai découvert qu’a l’époque c’était le hanja, et j’adore voir les films historique de l’ancienne Corée .
Mais je vais essayer de regarder en hangeul ..oups pour apprendre mieux, faudra m’isoler dans la chambre😆
Maya
Bonjour Rosetta,
Je comprends que la version française soit plus pratique pour regarder les séries avec votre mari. Vous pouvez d’abord profiter de l’histoire ensemble. Ensuite, choisissez une courte scène et revoyez-la seule en version originale, avec les sous-titres coréens. Inutile de vous isoler dans la chambre pendant tout l’épisode ! 😆
Je ne connaissais pas Cher Hongrang. Je viens de découvrir qu’il s’agit d’une série historique disponible sur Netflix. Merci de me l’avoir fait découvrir ! Je regarderai sa bande-annonce. 😊
Par ailleurs, je suis vraiment ravie que mon Petit Cahier vous ait enfin permis de comprendre le hangeul, après un an d’apprentissage ! Cela me fait extrêmement plaisir. Vous allez maintenant pouvoir regarder le coréen écrit d’un tout autre œil ! Bon film et surtout, bon entraînement !