Dans mes deux précédents articles, je vous ai présenté les jeux traditionnels coréens mis en avant dans les saisons 1 et 2 de Squid Game. Aujourd’hui, poursuivons cette exploration avec ceux de la saison 3.
Pas d’inquiétude si vous n’avez pas encore lu les premiers articles — celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment. Je ne dévoile aucun rebondissement de la série, donc aucun risque de spoiler. Même sans avoir vu Squid Game, vous pourrez profiter de ce contenu.
À travers cet article, je voudrais vous faire découvrir les côtés méconnus des jeux : leur histoire, leur origine, leurs règles exactes, mais aussi les paroles complètes des chansons associées à ces jeux. Et ce n’est pas tout : je vous invite aussi à découvrir d’autres jeux d’enfants coréens très populaires, bien qu’ils ne figurent pas dans la série. Mon objectif est de faire découvrir la richesse des jeux coréens, leur lien avec la culture du pays… et parfois, avec mes propres souvenirs d’enfance.
Dans la saison 3, trois jeux marquent les esprits : Sumbakkokjil (숨바꼭질, cache-cache), Toc ! Toc ! Nugusimnikka ? (똑똑 누구십니까 ?), et une version en trois dimensions du jeu de calamar, le mythique Squid Game. Plongeons dans les jeux avec moi !
Jeux collectifs dans Squid Game Saison 3
🟩 숨바꼭질 (Sumbakkokjil)
L’origine de Sumbakkokjil
Le cache-cache est l’un des tout premiers jeux de l’enfance, pratiqué bien avant même que l’enfant ne sache parler. Les parents commencent en jouant à cacher leur visage derrière leurs mains : “Coucou, caché ! Coucou, revoilà !”
Ce jeu tout simple a une fonction psychologique essentielle : il aide le bébé à comprendre qu’un objet ou un visage qui disparaît de son champ de vision ne disparaît pas pour toujours. Maman ou papa va revenir — et c’est cette certitude qui le rassure. Le cache-cache, à sa manière, installe un sentiment de continuité et de confiance.
Pas étonnant, donc, que ce jeu existe sous une forme ou une autre dans presque toutes les cultures du monde.
Vocabulaire coréen dans Sumbakkokjil
Mais en coréen, le mot “숨바꼭질” (Sumbakkokjil) a une histoire surprenante. Avant de désigner le jeu qu’on connaît aujourd’hui, il s’agissait à l’origine d’un jeu… dans l’eau. Au XVIe siècle, on le nommait 숨막질 (sumnakjil), un mot dérivé de 자맥질 (jamaekjil), qui signifie “plonger sous l’eau et en ressortir à plusieurs reprises”.
Ici, le mot 숨 (Sum) ne vient pas du verbe “se cacher” (숨다), mais bien de « respirer » (숨쉬다). Donc Sum(숨) signifie la respiration. Autrement dit, 숨바꼭질, dans son sens premier, évoquait l’acte de retenir son souffle puis de changer de respiration sous l’eau. Le suffixe -질, lui, marque une action répétée — comme dans 도둑질 (cambriolage) venant de 도둑 (cambrioleur).
C’est seulement plus tard que ce jeu aquatique est devenu un jeu de cache-cache sur terre, celui que l’on connaît aujourd’hui.
Chanson de Sumbakkokjil
En Corée, pendant que les enfants se cachent, le sullé ferme les yeux et chante — contrairement à la France, où l’on compte. Le sullé (술래) est l’enfant chargé de trouver ou d’attraper les autres dans les jeux comme le cache-cache ou “1, 2, 3 Soleil”. En français, il n’existe pas de mot unique équivalent à 술래 (sullé)
En Corée, le cache-cache est aussi chanté. Pendant le Sullé chante ci-dessous, les autres enfants se cachent. :
꼭꼭 숨어라 ! 머리카락 보일라 ! (Cache-toi bien ! Tes cheveux risquent de se voir !)
꼭꼭 숨어라 ! 옷자락이 보일라 ! (Cache-toi bien ! Ton ourlet pourrait dépasser !)
꼭꼭 숨어라 ! 술래 눈 뜬다 ! (Cache-toi bien ! Le Sullé ouvre ses yeux !)
Une partie oubliée à la fin
Je vous dévoile une chanson de cache-cache coréen qui ne figure pas dans la saison 3 de Squid Game. Lorsque tous les joueurs restent introuvables, une petite formule magique permet au sullé de clore le jeu avec panache. :
“못 찾겠다 꾀꼬리 ! 항아리 쓰고 나와라 !”
(“Je ne trouve plus des rossignols ! Sortez de votre cachette avec un pot sur la tête !”)
Les enfants cachés sortent alors en formant un cercle avec leurs bras au-dessus de la tête.
🟢 똑똑 ! 누구십니까 ? (Toc toc ! Nugusimnikka ?)
J’aimais beaucoup ce jeu à la corde. Assez sportif, il mêle rythme, mouvement et une certaine magie de l’enfance. On l’entend souvent dans les cours de récréation, à l’école maternelle ou primaire en Corée. Si la corde est longue, deux ou trois enfants peuvent y entrer.
Le principe et la chanson du jeu
Deux enfants tiennent une longue corde et la font tourner régulièrement et un enfant attend à l’extérieur. Quand ils chantent, le jeu commence. La chanson se présente sous forme de dialogue, comme ceci :
L’enfant qui attend à l’extérieur (A) : 또옥! 똑 ! (Toc toc !)
Les enfants qui font tourner la corde (B) : 누구십니까 ? (Qui est-ce ?)
A : 꼬마입니다. (C’est un petit enfant.)
B : 들어오세요. (Entrez !)Action > A entre dans la corde en sautant.
B : 꼬마야, 꼬마야, 뒤를 돌아라 ! (Petit enfant, Petit enfant, retourne toi.)
Action > A doit se retourner.
B : 꼬마야, 꼬마야, 땅을 짚어라 ! (Petit enfant, Petit enfant, touche le sol.)
Action > A doit toucher le sol avec une main.
B : 꼬마야, 꼬마야, 만세를 불러라 ! (Petit enfant, petit enfant, lève les bras et crie “hourra” !)
Action > A doit lever les deux bras en l’air.B : 꼬마야, 꼬마야, 잘 가거라 ! (Petit enfant, petit enfant, au revoir !)
Action > A sort de la corde.
🔺오징어놀이 (Ojing-eo Nori)
Jeu des garçons
Ce jeu traditionnel coréen est soudainement devenu mondialement célèbre après le succès phénoménal de Squid Game, classé numéro 1 dans les 83 pays où Netflix est disponible. Quelle fierté pour les Coréens !
En coréen, on l’appelle 오징어놀이 (ojingeo-nori), littéralement « le jeu du calamar », car la forme du terrain dessiné au sol rappelle celle d’un calamar : triangle, carré et cercle s’y enchaînent. Selon les régions, la forme du terrain et les règles pouvaient varier légèrement, mais les principes de base restaient les mêmes : une équipe attaque, l’autre défend. Etant donné qu’il nécessitait de pousser physiquement l’adversaire hors des lignes, ce jeu était principalement pratiqué par les garçons.
Jeu oublié
Mais voici un fait curieux : j’ai grandi à Séoul, et je n’ai jamais joué à ce jeu, ni même entendu parler. Mon oncle, lui non plus, ne le connaissait pas. Cela montre à quel point ce jeu, bien que “traditionnel”, pouvait être régional ou tombé dans l’oubli… jusqu’à sa renaissance à l’écran.
Règles de l’ojing-eo-nori

- Le jeu commence par le dessin du calamar sur le sol. Deux équipes sont formées.
- L’équipe attaquante entre dans la zone A, l’équipe défensive, la zone D.
- En dehors des zones autorisées (A, B, E pour les attaquants ; A, B, D, E pour les défenseurs), les joueurs doivent se déplacer à cloche-pied.
- Le jeu commence quand les attaquants sortent de la zone A, donc à cloche pied.
- Les deux équipes peuvent se repousser ou se tirer mutuellement pendant le jeu.
- Si un attaquant passe par la zone E, traverse le pont F, il obtient le droit de marcher avec les deux pieds.
- Pour entrer ou sortir du terrain en forme de calamar, attaquants et défenseurs doivent impérativement passer par la zone B.
- Lorsqu’un attaquant entre par la Zone B, traverse la zone D et atteint la zone C, son équipe remporte la partie, et une nouvelle manche commence.
Cas d’élimination
- Si un joueur à cloche-pied pose ses deux pieds au sol.
- Si une autre partie du corps touche le sol.
- Si un joueur autorisé à utiliser ses deux pieds touche le sol avec autre chose que ses pieds.
- Si un joueur tire l’adversaire et le fait franchir une ligne.
- Si, lors d’un affrontement entre deux joueurs, l’un d’eux franchit une ligne en étant poussé ou tiré.
- Si un joueur franchit la zone C après avoir été tiré ou repoussé par un adversaire.
Si tous les attaquants sont éliminée, la possession du terrain est transférée à l’équipe adverse.
D’autres jeux d’enfants coréens
🔴 Renard, Renard, Que fais-tu ?
En dehors des jeux présentés dans Squid Game, il existe une multitude d’autres jeux d’enfants coréens, riches en chansons et en rituels : les jeu de l’élastiques et les jeux aux mains appelés “짝짜꿍”.
Parmi tous ces jeux d’enfants, celui que je veux présenter à mes lecteurs francophones, c’est 여우야, 여우야 ! (Yeo-uya, Yeo-uya !). Il ressemble étrangement à la célèbre comptine française : “Promenons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas…”
Alors que les enfants français chantent au loup, les enfants coréens, eux, s’adressent à un renard. Le Sullé joue le rôle du renard.
Les enfants : 여우야, 여우야, 뭐 하니 ? (Renard, renard, que fais-tu ?)
Sulle (Renard) : 잠 잔다. (Je dors.)
Les enfants : 잠꾸러기 ! (Petit paresseux !)Les enfants : 여우야, 여우야, 뭐 하니 ? (Renard, renard, que fais-tu ?)
Sulle (Renard) : 옷 입는다. (Je m’habille.)
Les enfants : 멋쟁이 ! (Quel élégant !)Les enfants : 여우야, 여우야, 뭐 하니 ? (Renard, renard, que fais-tu ?)
Sulle (Renard) : 밥 먹는다. (Je mange.)Les enfants : 무슨 반찬 ? (Quel plat ?)
Sulle (Renard) : 개구리 반찬 ! (Une grenouille !)
Les enfants : 살았니 ? 죽었니 ? (Est-elle vivante ? Ou morte ?)
Sulle (Renard) : 살았다 ! (Vivante !)
Et là, si la réponse est « 죽었다! (Morte !) », les enfants recommencent la chanson. Mais si le renard répond “살았다 !” (“Vivante !”), il se met à courir pour les attraper. Celui ou celle qui se fait attraper devient le prochain Sullé, c’est-à-dire le nouveau renard. Intéressant, n’est-ce pas, pour comparer avec la comptine du loup ?
🔴 Pourquoi êtes-vous venues chez nous ?
Autre jeu très populaire, surtout quand il y avait au moins une quinzaine de filles : 우리집에 왜 왔니 ? (Pourquoi êtes-vous venues chez nous ?) Le jeu se joue en deux équipes, face à face. Chaque camp se tient par la main ou s’enlace par les bras. Lorsqu’une équipe avance en chantant, l’autre recule en silence.
Equipe A : “우리 집에 왜 왔니, 왜 왔니, 왜 왔니 ?” (Pourquoi êtes-vous venues chez nous ?)
Equipe B : “꽃 찾으러 왔단다 왔단다 왔단다.” (“Nous sommes venues chercher une fleur.”)
Equipe A : “무슨 꽃을 찾으러 왔느냐 왔느냐 ?” (“Quelle fleur cherchez-vous ? ”)
Equipe B : “[Prénom d’une enfant] 꽃을 찾으러 왔단다 왔단다 !” (“Nous sommes venues chercher la fleur [Prénom] !”)
La fille désignée s’avance, et les deux jouent à pierre-feuille-ciseaux. La gagnante emmène la perdante dans son équipe. On recommence, encore et encore, jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne dans une des deux équipes.
Conclusion
Au fil de cet article — et des précédents — vous avez découvert une partie de l’univers ludique coréen, souvent méconnu, mais remis en lumière par la série Squid Game. Bien plus que de simples divertissements, ces jeux réveillent en moi des souvenirs et vous offrent un aperçu d’une enfance vécue autrement, en Corée du Sud.
Certains de ces jeux, chantés ou endiablés, individuels ou collectifs, sont encore bien vivants dans les cours d’école coréennes. D’autres ne subsistent que dans les souvenirs… ou dans des séries qui les remettent au goût du jour. Mais qu’ils soient encore pratiqués ou non, peu importe : chacun d’eux raconte un imaginaire, une culture, une manière d’être ensemble.
Ils parlent aussi, parfois, à votre propre mémoire. Car jouer, au fond, c’est un langage universel. Une corde qui tourne, une ronde qui chante, un défi entre amis — chaque geste porte une étincelle de ce que nous avons été.
Alors, parmi tous les jeux coréens présentés dans mes articles inspirés de Squid Game, lequel auriez-vous envie d’essayer ?
Et vous, quel jeu aimiez-vous particulièrement pendant votre enfance, dans votre pays ?
Je serais ravie de lire vos souvenirs dans les commentaires ! 😊
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2 commentaires
Girard Magali
j’ai adoré, bcp apprécié, 정말 감사합니다 👍
Maya
Merci pour ton retour, Girard ! ça me fait plaisir. 🙂