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Âge d’or de Joseon : Sejong, Yeongjo, Jeongjo et le chaekgeori

Âge d’or de Joseon : Sejong, Yeongjo, Jeongjo et le chaekgeori

Si vous regardez des dramas historiques coréens, vous connaissez déjà un peu la dynastie Joseon. Palais, rois, reines et intrigues de cour y occupent souvent le premier plan. Pourtant, derrière les costumes se cache une histoire bien réelle, plus riche encore que les séries. Avant de partir à la découverte de l’âge d’or de Joseon, testez donc vos connaissances avec deux petites questions.

Quiz : que savez-vous vraiment de la dynastie Joseon ?

 

Question 1 : pendant combien de temps la dynastie Joseon a-t-elle régné sur la Corée ?

A. Environ 200 ans

B. Environ 350 ans

C. Plus de 500 ans

 

Question 2 : combien de rois se sont succédé sur le trône de Joseon ?

A. 12 rois

B. 27 rois

C. 42 rois

Les bonnes réponses sont à la fin de l’article.

 

En attendant, rappelons que la plupart des dramas historiques coréens se déroulent sous la dynastie Joseon. On y voit des palais, des princes héritiers, des lettrés et des luttes entre factions. Mais au-delà des intrigues et des histoires d’amour, Joseon a connu des guerres, des crises et des conflits violents. Le royaume a aussi traversé de grandes périodes de progrès politique, scientifique et culturel. Parmi ses souverains, trois rois ont particulièrement marqué ces âges d’or : Sejong, Yeongjo et Jeongjo.

Sejong le Grand et le premier âge d’or de Joseon

Le roi coréen le plus connu à l’étranger reste sans doute Sejong le Grand (세종대왕), notamment grâce à la création du hangeul, l’alphabet coréen. Il régna de 1418 à 1450, durant la première partie de la dynastie. Son règne est souvent considéré comme le premier âge d’or de Joseon. Les sciences, l’agriculture, la médecine, l’astronomie et la musique y progressèrent considérablement. Le roi s’entoura notamment de Jang Yeong-sil (장영실), un savant d’origine modeste qui conçut des horloges à eau et des instruments astronomiques. On mit aussi au point un pluviomètre pour mieux suivre les récoltes. Par ailleurs, Sejong renforça la frontière nord en fondant quatre commanderies et six garnisons (4군 6진) le long des fleuves Yalu et Tumen.

Surtout, Sejong voulait rendre le savoir accessible à son peuple. À cette époque, les textes officiels étaient écrits en caractères chinois. Leur apprentissage exigeait de longues années d’études, si bien qu’une grande partie de la population ne savait ni lire ni écrire. C’est pour répondre à cette difficulté que Sejong fit créer un nouvel alphabet. Présenté en 1443, il fut publié en 1446 sous le nom de Hunminjeongeum (훈민정음), « les sons corrects pour l’instruction du peuple ». Nous l’appelons aujourd’hui le hangeul (한글). Le drama Tree with Deep Roots (뿌리 깊은 나무, 2011) raconte d’ailleurs sa naissance sous la forme d’un thriller politique.

Néanmoins, l’histoire de Joseon ne s’est pas arrêtée après Sejong. Trois siècles plus tard, le royaume connut en effet une nouvelle période de stabilité et de vitalité culturelle. Celle-ci fut portée par deux souverains : Yeongjo (영조) et son petit-fils Jeongjo (정조).

De gauche à droite : le jagyeongnu, une horloge hydraulique automatique ; l’angbuilgu, un cadran solaire hémisphérique ; et le honcheonui, une sphère armillaire destinée à l’observation du ciel. Ces instruments furent conçus ou perfectionnés sous le règne du roi Sejong.

Yeongjo, le roi qui redressa Joseon

Yeongjo régna de 1724 à 1776. Avec cinquante-deux années sur le trône, il détient le plus long règne de l’histoire de Joseon. Sa mère, d’origine modeste, a d’ailleurs inspiré le drama Dong Yi (동이, 2010), tandis que Haechi (해치, 2019) raconte sa jeunesse. Or, lorsqu’il arriva au pouvoir, la cour était profondément divisée. Plusieurs factions de lettrés s’affrontaient pour contrôler le gouvernement, parfois jusqu’à l’exil ou la mort de leurs adversaires.

Pour mettre fin à ces luttes, Yeongjo mena le tangpyeongchaek (탕평책), la « politique d’impartialité ». Il nomma des responsables issus de différentes factions, afin qu’aucun groupe ne domine seul le pouvoir. Parallèlement, il chercha à améliorer la vie du peuple. En 1750, il réduisit notamment de moitié l’impôt militaire qui pesait sur les paysans. Grâce à cet équilibre politique et à ce souci du quotidien, Joseon retrouva peu à peu sa stabilité. Son règne marque ainsi le début d’un véritable redressement du royaume, que Jeongjo allait porter à son apogée.

Cependant, le règne de Yeongjo reste marqué par un drame familial majeur. En 1762, sur ordre du roi, son fils le prince héritier Sado (사도세자) fut enfermé dans un coffre à riz en bois. Il y mourut au bout de huit jours. Les causes de cette tragédie font encore débat aujourd’hui. Les sources décrivent un prince au comportement violent et instable. D’autres analyses soulignent plutôt la pression paternelle et les luttes politiques de la cour. Cette histoire a inspiré plusieurs œuvres, dont le drama Secret Door (비밀의 문, 2014) et le film The Throne (사도, 2015).

Jeongjo, un roi né au milieu des conflits

Pourtant, le fils du prince Sado allait devenir l’un des rois les plus importants de Joseon : Jeongjo. Il n’avait qu’une dizaine d’années lorsque son père mourut. En plus du traumatisme personnel, cette disparition fragilisa sa position politique. Certains membres de la cour voyaient en effet le fils de Sado comme une menace. Jeongjo grandit donc dans un environnement dangereux, entouré de rivalités et de soupçons.

Il monta finalement sur le trône en 1776, à l’âge de vingt-trois ans, et régna jusqu’en 1800. Pour protéger sa succession, Yeongjo l’avait officiellement rattaché à un autre fils défunt, le prince Hyojang (효장세자). Malgré cela, dès son couronnement, Jeongjo déclara publiquement qu’il était le fils du prince Sado. Il chercha ensuite à restaurer la dignité de son père, sans remettre en cause l’autorité de Yeongjo.

Mais Jeongjo ne voulait pas seulement régler une histoire familiale : il souhaitait transformer la manière de gouverner. Il poursuivit donc la politique d’impartialité de son grand-père, tout en plaçant le savoir au cœur du pouvoir. Il fit aussi bâtir la forteresse de Hwaseong (화성) à Suwon, aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sous son règne, Joseon connut un sommet économique et culturel, souvent qualifié de « renaissance de Joseon ».

On raconte qu’un fonctionnaire, surpris par le soin apporté aux remparts, demanda un jour au roi : « Pourquoi bâtir une forteresse aussi belle ? » Jeongjo lui aurait répondu : « La beauté intimide l’ennemi. » Selon l’historien Kim Jun-hyeok (김준혁), le roi pensait qu’une forteresse magnifique impressionnait davantage qu’une muraille simplement solide. D’ailleurs, parmi la centaine d’édifices de Hwaseong, il n’en existe pas deux de forme identique. Pourtant, tous forment ensemble une forteresse harmonieuse, et cette beauté a compté dans son inscription à l’UNESCO en 1997.

Son histoire a été racontée dans plusieurs dramas coréens, notamment Yi San (이산, 2007) et The Red Sleeve (옷소매 붉은 끝동, 2021). Ces séries montrent ses combats politiques, mais aussi sa relation avec la dame de cour Seong Deok-im (성덕임). Derrière le personnage de drama se trouvait toutefois un roi passionné par les livres, l’étude et le débat intellectuel.

수원 화성 (Fortresse de Hwasung)

 

La Gyujanggak : gouverner par les livres et les savants

L’année même de son accession au trône, Jeongjo fonda la Gyujanggak (규장각), la Bibliothèque royale. À l’origine, cette institution devait conserver les écrits et les archives des souverains. Elle devint cependant rapidement bien davantage qu’une bibliothèque. Jeongjo en fit un centre de recherche et de réflexion politique, où il réunit de jeunes lettrés prometteurs. Il voulait les former lui-même et les associer aux affaires du royaume.

Le roi ouvrit également certaines fonctions à des hommes nés de concubines. Appelés seoeol (서얼), ils étaient habituellement tenus à l’écart des postes importants. Pour Jeongjo, les livres n’étaient donc pas un simple passe-temps. Ils servaient à former des fonctionnaires, à préparer des réformes et à renforcer l’autorité royale. En somme, il voulait incarner un souverain instruit, capable de gouverner par la connaissance et la vertu.

Cette passion se manifesta aussi dans les arts. Jeongjo demanda en effet aux peintres de la cour de représenter des bibliothèques remplies de livres et d’objets précieux. Certaines de ces peintures furent installées dans son bureau, et même derrière son trône. On les connaît aujourd’hui sous le nom de chaekgeori (책거리) ou chaekgado (책가도).

 

Chaekgeori ou Chaekgado

Chaekgeori : un mot coréen, deux traditions

Comme beaucoup de Coréens, je connaissais déjà le mot 책거리, chaekgeori. Pour moi, il désignait la petite fête organisée lorsqu’un élève terminait l’étude d’un livre. Dans les anciennes écoles de village, appelées seodang (서당), l’élève devait d’abord montrer qu’il avait bien assimilé son ouvrage. Sa famille préparait ensuite des nouilles, des gâteaux de riz ou d’autres plats à partager avec le maître et les camarades. Cette fête récompensait les efforts de l’élève, tout en permettant de remercier l’enseignant.

J’ai découvert son second sens grâce à l’exposition du musée Guimet. Dans le domaine de la peinture, le chaekgeori représente des livres entourés de différents objets. On y trouve des pinceaux, des pierres à encre, des vases, des fleurs, des fruits et parfois des objets venus de l’étranger.

Mais pourquoi ce nom ? Le mot 책, chaek, signifie « livre ». Quant à 거리, geori, il désigne une chose ou une matière pouvant faire l’objet d’une action. On le retrouve dans de nombreuses expressions coréennes : 먹을거리 (de quoi manger), 볼거리 (ce qui mérite d’être vu), 입을거리 (de quoi s’habiller) ou 읽을거리 (de quoi lire). De même, 이야깃거리 désigne un sujet de conversation. Dans chaekgeori, 거리 évoque donc l’ensemble des livres et des objets représentés. Lorsque les livres sont rangés dans une bibliothèque à compartiments, on parle plutôt de 책가도, chaekgado, littéralement « peinture d’étagère à livres ».

Des peintures en trompe-l’œil au service du pouvoir

Les premières peintures de bibliothèques furent réalisées à la demande de Jeongjo par les artistes de l’Académie royale. Le drama Painter of the Wind (바람의 화원, 2008) fait d’ailleurs revivre l’univers de ces peintres de cour. Leur fonction dépassait pourtant largement la décoration. En plaçant ces peintures près de lui, le roi affirmait son attachement permanent aux livres. Une bibliothèque peinte pouvait en effet donner l’illusion d’un espace réel. Elle permettait au souverain de rester symboliquement entouré de savoir, même loin de ses véritables ouvrages.

Placée derrière le trône, elle transmettait en outre un message politique fort. Traditionnellement, les rois de Joseon siégeaient devant le paravent Irworobongdo (일월오봉도), symbole du pouvoir royal. En choisissant une bibliothèque peinte, Jeongjo affirmait que l’autorité du roi ne reposait pas seulement sur sa naissance. Elle devait aussi s’appuyer sur l’étude, la sagesse et la vertu.

일월오봉도

 

Par ailleurs, les ambassades coréennes envoyées à Pékin jouèrent un rôle important dans la naissance de cet art. Les envoyés de Joseon y découvrirent les cabinets chinois où l’on exposait des objets rares et précieux. Ils y observèrent aussi les techniques européennes de perspective et de trompe-l’œil. Celles-ci avaient été introduites à la cour des Qing par les missionnaires jésuites et les artistes européens. Les peintres coréens combinèrent ensuite ces influences avec les valeurs de Joseon. Loin de copier les modèles étrangers, ils créèrent des compositions à plusieurs perspectives, parfois impossibles dans un espace réel.

Né à la cour, le chaekgeori se diffusa progressivement chez les lettrés, puis dans les foyers populaires. Les livres y symbolisaient l’éducation et la réussite sociale. Quant aux fruits, aux fleurs et aux objets précieux, ils exprimaient des souhaits de prospérité, de longévité ou de descendance. L’image politique voulue par Jeongjo devint ainsi l’un des genres les plus populaires de la peinture coréenne.

Découvrir Joseon au-delà des dramas coréens

Les dramas historiques offrent souvent une première rencontre avec Joseon. Ils donnent un visage aux rois, aux reines et aux personnages qui ont traversé cette histoire. Mais derrière les costumes et les intrigues se trouvait un royaume bien réel, avec ses réussites et ses drames.

Sejong donna au peuple un alphabet adapté à la langue coréenne. Yeongjo redressa ensuite le royaume grâce à l’impartialité politique et à son souci du peuple. Enfin, Jeongjo poursuivit cette œuvre en plaçant les livres, les savants et la culture au cœur de son gouvernement. Leurs règnes furent certes différents, et aucun ne fut exempt de conflits. Pourtant, chacun contribua à l’une des grandes périodes de développement de Joseon.

Où découvrir Joseon à Paris cet automne ?

Justement, Paris vous offre en ce moment l’occasion de prolonger cette découverte. Du 16 septembre 2026 au 4 janvier 2027, le musée Guimet présente l’exposition Le savoir en trompe-l’œil. Corée, 18e–20e siècle. Vous pourrez y admirer des chaekgeori et mesurer l’importance que Jeongjo accordait aux livres et à la culture.

De plus, un autre rendez-vous consacré à Joseon se prépare au musée Cernuschi pour le mois de novembre. Depuis 2020, j’enseigne le coréen à l’un de ses conservateurs, qui travaille actuellement sur ce projet. Vous aimeriez découvrir cette exposition avant tout le monde ? Abonnez-vous dès maintenant au blog : les abonnés seront les premiers informés dès son annonce par email. Joseon n’a pas fini de nous raconter son histoire !

 

Réponses du quiz : 1. C, fondée en 1392, la dynastie Joseon a régné jusqu’en 1910, soit plus de cinq siècles ; 2. B, vingt-sept rois se sont succédé sur son trône.

 

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