La Corée

La vie d’une étudiante au lycée en Corée du Sud

Ceci est un article dans le cadre du Carnaval d’articles sur le thème “Quelle élève étais-je, ce qui m’a manqué, ce qui m’a aidé ?” organisé par Sarah du blog https://des-outils-pour-apprendre.com. Sur son blog, l’article mémoriser m’intéresse.
Etant donné que j’ai passé toute ma jeunesse en Corée du Sud, la situation scolaire était totalement différente d’ici. Au lieu de raconter des anecdotes me concernant, je vais plutôt décrire la vie d’une étudiante au lycée en Corée du Sud. Vous comprendrez mieux l’éducation coréenne.

 

Dokseosil 

Quelle élève étais-je en Corée ? Si je dis que j’étais comme 덕선 Deokseon, l’héroïne du drama « Reply 1988 », c’est tantôt vrai tantôt faux.*  En 1988, j’étais lycéenne comme elle et suis allée à 독서실 Dokseosil tous les soirs après l’école. Regardons le début de l’extrait de “Reply 1988”. C’est une des séries de télévisions méga connues en Corée du Sud avec ses épisodes rigolos et touchantes sans histoire relationnelle tordue.

(* « Si je dis que que j’étais.. , ce serait…. » est le style d’écriture de Murakami Ryû dans son roman « 69 ». Ryû raconte ce qui s’est passé en 1969 quand il était en terminale au lycée.)

Qu’est-ce le Dokseosil ? Comme l’extrait du drama le montre au début, c’est un espace fermé et individualisé pour bosser. On ne peut rien faire d’autre que travailler sous une lumière fluorescente individuelle. Contrairement à la bibliothèque, il n’y pas de livre à emprunter. Chaque bureau est réservé et séparé des autres par des parois.

Pourquoi les lycéens coréens travaillent-ils au Dokseosil ? Parce qu’il y a trop de tentations à la maison : dormir, regarder la télé, téléphoner à des amis, jouer à des jeux vidéo, envoyer des textos à des amis, consulter le timeline de Facebook, de Twitter, d’Instagram, etc.

Alors on va au Dokseosil pour se concentrer au travail. Quand j’étais lycéenne, le Smart phone n’était pas encore inventé. Heureusement !

Contrairement à Doekseon, je n’étais pas maniaque pour la propreté du bureau et du sol et n’y ai pas dormi non plus. A 22h00, un de mes parents venait me chercher.

 

 

Aller-retour au lycée sous les étoiles

 

La maison était quasiment un dortoir. Tous les jours je partais de bonne heure en regardant les étoiles et rentrais en regardant les étoiles.

Logo du lycée de Gyeseong

En plus le logo de mon lycée est une étoile. Il s’appelle Gyeseong. Cela signifie l’étoile Vénus qui se lève le plus tôt le soir et se couche le plus tard le matin. Selon la présentation de l’école, Gyeseong symbolise la Sainte Vierge Marie.

Mon école se trouvait au milieu de Myeongdong, le fameux quartier commercial dans le centre-ville de Séoul. Imaginez-vous le prix de l’immobilier par m² dans ce quartier ?!!

 

Si vous souhaitez connaître l’origine de Myeongdong, cliquez ici pour lire mon article sur : QUE VISITER À SÉOUL : 3 LIEUX HISTORIQUES EN 1 JOURNÉE !

 

Tous les matins j’y allais en bus ultra bondé. Dans le bus je n’avais même pas une minute à perdre. Je lisais et relisais le calepin, rempli du vocabulaire anglais.

Mon lycée coréen admettait uniquement les filles comme mon collège. Je n’avais pas de chance. Les professeurs hommes célibataires recevaient une tonne de fleurs et de chocolats le jour de la Saint Valentin. Parce que, en Corée du Sud, la Saint Valentin est le seul jour où les filles déclarent leur amour aux garçons.

La journée commençait par une méditation guidée. Nous en étions très heureux parce que la plupart des étudiantes pouvait rattraper le sommeil manquant pendant le temps de silence.

 

Une école catholique

Le lycée de filles de Gyeseong était catholique et situé à côté de la Cathédrale de Myeongdong de Séoul. Nous y avions une cérémonie officielle chaque année.

Ma religion n’était pas catholique mais plutôt protestante. C’était décidé comme ça à cause du quartier scolaire.

Une des fiertés pour mon lycée était le directeur en chef : le cardinal de la Corée du Sud Stephen KIM Sou-hwan ! Nous ne l’avons jamais vu en direct seulement à la télévision ou sur la photo dans l’école.

Le directeur en chef de mon lycée coréen était le cardinal de la Corée du Sud, KIM Sou-hwan.
ex-cardinal Stephen KIM Sou-hwan

Nous avions quand même un cours de religion par semaine. Si je me souviens bien, mes profs d’anglais, d’histoire et de musique étaient des nonnes. Elles portaient l’habit des nonnes de la tête aux pieds.

Pourtant aucune professeur nonne ne nous a jamais imposé la croyance. Nous avions la liberté de religion. D’ailleurs elles étaient d’excellentes enseignantes qui respectaient chaque élève. Je les adorais.

La seconde fierté de mon lycée était l’architecture. Le bâtiment en brique rouge a reçu le grand prix de l’institut des architectes de la Corée du Sud en 1987. Tous les matins après être sortie de l’enfer du bus, c’était une grande joie pour moi de retrouver ma jolie école scintillante dans la Lumière dorée du soleil levant. C’était la plus belle école du monde !

Cathédrale de Myeongdong de Séoul

 

Le souvenir le plus horrible au lycée 

Je vais vous raconter le souvenir le plus horrible de ma vie au lycée.

Dans les années 1980, la Corée du Sud était dans un tourbillon politique. Des étudiants universitaires ont organisé des manifestations. Ils se sont joints à des citoyens pour réclamer la démocratie au pied de la Cathédrale de Myeongdong.

 

Naturellement j’avais des occasions de passer à côté des manifestants en allant à l’école ou en sortant de l’école. Par ailleurs certains manifestants se sont glissés dans l’école pour fuir la police. Nous les avons aidés à se cacher.

Un matin je suis tombée dans la côte menant à la Cathédrale. Après m’être installée dans ma classe, sans réfléchir, j’ai touché mon visage avec mes mains. Soudainement une catastrophe m’est arrivée ! De la poudre lacrymogène qui était sur mes mains m’a brûlé les yeux. Je suis vite allée au robinet et ai lavé mes yeux. Mais hélas! Cela m’a piqué encore davantage les yeux. J’ai découvert plus tard qu’il fallait enlever la poudre lacrymogène avec du vent. Sinon, l’eau la fait coller à la peau. Quelle bonne leçon pour une lycéenne !

 

Le quatrième repas 

 

Tous les lycéens apportaient deux casse-croûtes. Parce qu’il n’y avait pas de cantine scolaire à cette époque et nous devions aller au Dokseosil après l’école. La cantine scolaire s’est développée en Corée du Sud depuis 1993 et s’est installée dans toutes les écoles en 2003. Ma mère n’avait pas de chance.

Mais qui étions-nous ? Des adolescents !!! La deuxième gamelle était déjà terminée avant 17h00. Nous avions besoin d’un quatrième repas pour tenir jusqu’à la nuit !

Le jardin derrière du Lycée de filles de Gyeseong

Il y avait un snack dans l’école mais nous sortions occasionnellement au petit restaurant qui était juste en face de l’école à côté d’une coiffeuse. Cette dernière était nationalement célèbre. Parce qu’elle participait à la coiffure des candidates de la cérémonie de Miss Korea. (Ben, oui ! C’était dans le centre du centre-ville de Séoul !)

Dans ce quartier si chic, il n’était pas évident d’acheter à manger pour nous, les pauvres lycéennes toujours affamées. Myeongdong était le quartier dont le prix de l’immobilier était le plus cher dans Séoul, donc le plus cher en Corée du Sud.

Dans notre petit paradis, nous nous sommes régalées avec du 라면 Ramen ou du 떡볶이 Tteokbokki. Enfin nous étions prêtes pour partir au Dokseosil ou à une autre école : 학원 Hagwon.

Des cours supplémentaires

 

Certains étudiants sont allés au Hagwon pour rattraper des cours scolaires ou s’avancer. Notamment en anglais, en coréen ou en maths. Les enfants des familles plus aisées ont pu avoir des cours particuliers chez eux.

D’ailleurs même pendant les vacances, l’école nous a donné des devoirs du nom de 방학 숙제 Banghak Sukje qui signifie « les devoirs de vacances ». Le prof de la nouvelle classe vérifiait si les élèves les avaient bien faits ou pas.

Après être admise à la fac, j’ai donné des cours particuliers de maths et d’anglais aux collégiens ou aux lycéens. Je gagnais 200€ par mois. C’était le prix du début des années 1990.

En 2018 ma cousine à Séoul a dépensé 1 000€ par MOIS pour plusieurs cours périscolaires de ses deux enfants. Les parents coréens sont réputés pour investir énormément pour la réussite de leurs enfants.

 

Documentaire : l’éducation au Corée du Sud, Envoyé Spécial, France 2 (2016)

Épilogue 

 

En bref je n’ai pas envie de scolariser mes enfants en Corée du Sud, car les enfants n’ont pas assez de temps pour jouer, pour imaginer ou pour penser là-bas. Ironiquement j’ai récemment demandé à ma fille, qui est en cinquième, de travailler pendant les vacances d’été.

Par ailleurs quand des parents d’élèves du collège de ma fille m’ont dit qu’il y avait trop de devoirs à l’école, c’était difficile pour moi d’être d’accord. Parce que la quantité de devoirs et la difficulté des devoirs me paraissent ridicules par rapport à ce que j’ai fait au collège.

L’éducation en Corée du Sud m’a rapporté une énorme quantité de connaissances mémorisées et la capacité de travailler longtemps. Par ailleurs elle ne m’a pas laissé assez de temps et ni ambiance nécessaire pour développer la curiosité, l’imagination, la réflexion et la participation active à l’étude.

Afin d’écrire cet article, j’ai fait la recherche sur mon lycée. C’est au lycée où j’ai appris le français comme la langue vivante. J’ai découvert qu’il n’existait plus à Myeongdong. Il a déménagé à Gileumdong en 2016 et accueillit des garçons maintenant.

Merci pour votre lecture. Je voudrais finir l’article avec une photo de souvenir prise dans mon lycée. Vous me reconnaissez? Je ressemble à ma mère? Comment était votre vie au lycée en France ou dans votre pays ?

Maman et moi dans mon lycée en 1988.

 

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Je veux vivre à Séoul ! (en cas de mineur)
Je veux aller en Corée même avant le bac ! 

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2 commentaires

  • Costea

    C’est très immersif et intéressant ton histoire ! Ça permet de voir les choses autrement sur la Corée du Sud et le système d’enseignement. J’avais déjà entendu parler de la pression mise sur les étudiants là-bas. C’est intéressant d’avoir ton témoignage et ton avis aujourd’hui avec le recul.

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